Publié le mardi 28 juillet 2026 dans la rubrique Toulouse
L'horreur d'Eva Bourseau : un drame qui hante Toulouse
Toulouse. Rue Merly, dans le centre-ville de Toulouse, le 38, rue Jean-Baptiste-Merly porte une mémoire que personne n’oublie. C’est là, au troisième étage d’un immeuble étroit, que le corps d’Eva Bourseau, 23 ans, a été découvert le 3 août 2015.
Un matin d’août, l’odeur qui ne part pas
Ce jour-là, la mère d’Eva, sans nouvelles, donne l’alerte. Les pompiers passent par le Velux. À l’intérieur, ils découvrent un petit logement sous les toits. L’unique chambre est fermée de l’extérieur avec du ruban adhésif. Dans une caisse en plastique, le corps baigne dans un liquide jaunâtre.
Le Bluestar, un réactif qui révèle les traces de sang, éclaire la pièce principale. Douze sacs-poubelles débordent d’objets personnels, de seringues, de gants, de bouteilles et de bidons vides d’acide chlorhydrique. Un pied-de-biche traîne au sol, enroulé dans un sac. Le nettoyage a échoué. Tout a été déplacé, emballé, frotté. Rien n’a disparu.
L’odeur, elle, a glissé dans la rue. La première journaliste sur place s’en souvient encore. Touati, du salon Coiffure toulousaine, travaillait de l’autre côté de la rue. “Ils bloquaient tous les accès. Je ne la connaissais pas, mais ça m’avait choqué. Un être humain, lui faire ça ?”
Eva, une jeune femme vive et fragile
Eva Bourseau avait quitté le Lot pour étudier les lettres à Toulouse. Elle a arrêté l’université. Ses proches la décrivent vive, enjouée, originale, aimée, mais aussi fragile et mélancolique, prise dans des nuits de fête et de stupéfiants. Sa cousine Luna refuse qu’on la réduise à cela. “Beaucoup de choses fausses ont circulé sur Eva, notamment à la télé, en disant qu’elle était ‘la reine de la nuit’. Elle a vécu sa jeunesse comme beaucoup quand ils arrivent à Toulouse. Elle n’a pas fait les bons choix, elle n’a pas rencontré les bonnes personnes.”
Luna ne franchit jamais la porte couleur brique du 38. Elle n’a pas vidé l’appartement. “Je ne passe jamais, jamais, jamais dans cette rue. Passer devant cette porte d’entrée, c’est au-dessus de mes forces.”
Les voisins, témoins d’une scène de crime
En face, Bounty, un gros chat noir et blanc, observe chaque jour le bâtiment. Son propriétaire était là le soir du 3 août 2015, quand policiers, pompiers et journalistes ont envahi la rue. “J’étais à Bordeaux chez ma fille. Mon mari m’appelle. Il me dit : le Velux est ouvert chez la voisine, le plafond va tomber. Il pleut trop fort. Le lendemain, il me rappelle : il y a la police partout”, raconte Marie-Claude, retraitée au visage doux, qui vit dans le quartier depuis 1974.
Dans l’immeuble, la vie a repris. Marie, locataire du premier étage depuis 2021, a découvert l’histoire en tapant l’adresse avant de signer. “Pendant une heure, j’ai eu peur d’avoir peur. Puis ça m’a rassurée : ce n’était pas dans mon appartement.” Thomas, étudiant en informatique, vit au-dessus. “Ce n’est pas anodin. Mais ce n’est pas quelque chose qui me tracasse. Quand je dis où j’habite, je le glisse parfois comme une anecdote.”
Le logement du troisième, un poids qui dure
L’appartement du troisième a longtemps porté son poids. “Le propriétaire a eu du mal à le relouer”, croit savoir Marie-Claude. Des riverains évoquent des tentatives d’intrusion, peut-être des occupations temporaires. Certains parlent d’un Airbnb. Rien de certain. Le quartier lui-même a changé. “Maintenant, les commerces ne tiennent pas, presque tout est fermé”, observe Marie-Claude. La pizzeria au rez-de-chaussée du 38 n’a pas tenu plus de six mois.
Les condamnés, entre fiction et réalité
Les deux meurtriers, Taha Mrani Alaoui et Zakariya Banouni, ont été condamnés par la cour d’assises de la Haute-Garonne. Trente ans de réclusion criminelle pour le premier, vingt-cinq pour le second. Ils n’avaient pas fui après le meurtre. Ils étaient revenus dans l’appartement, avaient acheté une malle en plastique et des litres d’acide chlorhydrique, vidant les rayons de plusieurs supermarchés toulousains. Leur idée : dissoudre le corps. Inspirée de la série *Breaking Bad*.
Mais la fiction a heurté la réalité. Le corps d’Eva baignait encore dans l’acide quand les pompiers sont entrés.
En prison, Zakariya Banouni s’est sevré de la drogue, a étudié l’histoire puis les langues. Il dévore les livres du centre de détention de Muret. Taha Mrani Alaoui passe encore des diplômes. Aucun des deux ne doit sortir avant plusieurs années.
Le chat Bounty, lui, regarde toujours la façade fatiguée du 38. Entre les deux, un passage piéton. Et une mémoire que rien n’efface.


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