Publié le vendredi 10 juillet 2026 dans la rubrique Bordeaux
Budget réduit : les associations de lutte contre les violences faites aux femmes en danger à Bordeaux
À Bordeaux, en Gironde, la mobilisation a payé. Mais l'inquiétude demeure. Le 15 juin, l’Agence régionale de santé avait annoncé la suppression de sa subvention au Planning familial de la Gironde, 160 000 euros, soit un tiers du budget annuel de l’association. Quatre postes sur sept étaient en sursis. Après des semaines de protestations et une déclaration d’Aurore Bergé, ministre de l’égalité entre les femmes et les hommes, l’ARS a fait marche arrière. Le financement 2026 est conservé.
Un répit pour le Planning, mais pas de certitude pour 2027
Annie Carraretto, présidente du Planning familial Gironde, est soulagée, mais pas rassurée pour autant. Épuisée par des semaines de combat, elle redoute de devoir « se remettre dans une telle situation en 2027 ». L’ARS maintient que le financement du Planning ne relèvera plus de sa compétence l’an prochain. « Les autres Plannings familiaux de la région n’ont toujours pas de réponse sur leurs subventions, nous on l’a eue parce qu’on a demandé le rendez-vous », rappelle-t-elle. Ce dont l’association a besoin, c’est une visibilité, des engagements pluriannuels.
Le CIDFF dans la même tourmente
Morgane Raguenet-Pré coordonne la Fédération régionale CIDFF Nouvelle-Aquitaine, qui regroupe les Centres d’information sur les droits des femmes et des familles. Sa structure subit une baisse des financements « jamais connue », venue de l’ARS mais aussi des collectivités territoriales. Agréée d’intérêt général, le CIDFF accompagne les femmes vers l’autonomie sociale, professionnelle et personnelle, avec une aide juridique et un soutien psychologique. Il est sollicité par les victimes de violences intrafamiliales.
Bernadette Bonnac-Hude, présidente du CIDFF de la Gironde, donne des chiffres précis : le nombre de ces victimes a augmenté de 2,5 % au premier semestre 2026, selon le parquet de Bordeaux. Pourtant, la fédération régionale doit faire face à la suppression pure et simple du financement de l’ARS, 195 000 euros par an, presque un tiers de son budget. Cela pourrait entraîner le licenciement de 22 professionnels, deux ou trois par département. En Gironde, l’activité a bondi de 21 % entre 2020 et 2025. « On reçoit un nombre considérable de femmes, sans délai d’attente. Il leur faut parfois un an pour être prises en charge ailleurs, et les Maisons santé/femmes que veut multiplier l’État ne sont pas opérationnelles, elles ne couvrent pas tout le territoire », déplore-t-elle. Elle ajoute que la justice elle-même reconnaît que sans ces associations de prévention, « on ne s’en sortira pas ».
L’ARS indiquait dans un communiqué que ses financements pour les CIDFF avaient progressé de 67 % entre 2023 et 2025, passant de 117 000 à 195 000 euros. Mais interrogée par Rue89 Bordeaux, l’agence a refusé de commenter l’hypothèse d’une fin de subvention l’année prochaine.
Le Cacis et la Maison d’Ella menacés
Le Cacis (Centre accueil consultation sexualité) est lui aussi sur la sellette. Selon ses dirigeantes, l’ARS n’a pas reconduit le financement pour 2026, malgré des promesses. Cette subvention de 106 000 euros par an faisait partie d’une convention 2021-2025. Elle représente 20 % des subventions et 10 % du budget de cette structure de 15 salariés, qui gère notamment la Maison d’Ella, à Bordeaux. Le Cacis comptait sur ces fonds pour financer ses activités menées depuis le début de l’année. « On a déjà réduit le nombre de vacataires alors que les besoins augmentent, comme le montre l’augmentation des délais de prise en charge des victimes de violences sexuelles à la Maison d’Ella, désormais de 9 à 10 mois », déplore la directrice Elise Sevenet.
Cette convention permettait au Cacis d’intervenir « auprès des publics les plus précaires, dans les squats, les aires d’accueil des gens du voyage, en milieu carcéral ou dans des établissements médico-sociaux ». Elle a contribué à aider 5 000 jeunes, avec un focus sur les décrocheurs scolaires ou les personnes suivies par la protection judiciaire de la jeunesse. « Cela permet à des publics qui ne viennent pas spontanément dans les structures de santé d’accéder à la contraception, à l’IVG ou au dépistage », résume Elise Sevenet.
Une demande commune : des financements pluriannuels
Pour ne pas « avoir à faire des conférences de presse tous les ans en juillet pour des financements qu’on touchera peut-être en octobre », le Planning familial, le CIDFF et le Cacis réclament de concert des engagements pluriannuels des pouvoirs publics. C’est le message qu’ils porteront ce vendredi 10 juillet, lors d’une réunion avec la préfète Sophie Brocas et l’ARS. L’enjeu dépasse l’urgence budgétaire : il s’agit de la pérennité d’un réseau de prévention et d’accompagnement devenu indispensable face à la hausse des violences.


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