Publié le mercredi 24 juin 2026 dans la rubrique Bordeaux
« L’Étrangère » : le film de Gaya Jiji sur l’exil syrien tourné à Bordeaux
À Bordeaux, la réalisatrice Gaya Jiji présente son nouveau film, L’Étrangère, qui explore les thèmes de l’exil et de l’émancipation féminine à travers le parcours de Selma, une Syrienne. Après son précédent film, Mon tissu préféré, Jiji continue d’aborder les conséquences de la guerre et les défis de la migration. Née à Damas en 1979, elle a fait de cette œuvre un récit profondément personnel.
Le parcours de Selma
Dans L’Étrangère, Selma fuit la Syrie, laissant derrière elle son mari, emprisonné, et son fils de six ans. Son arrivée à Bordeaux marque le début d'un long et difficile processus pour obtenir l'asile et tenter de faire venir son enfant en France. Ce parcours est semé d'embûches et de rencontres déterminantes, notamment avec Jérôme, un avocat qui complique encore davantage sa situation déjà précaire.
Un regard sur la reconstruction intime
Gaya Jiji s'éloigne des clichés habituels sur le statut des réfugiés pour se concentrer sur la reconstruction personnelle de Selma. Avec l'actrice iranienne Zar Amir Ebrahimi dans le rôle principal, le film illustre à quel point la quête de liberté et d'identité personnelle est au cœur de l'expérience de l'exil. Selma doit naviguer à travers divers types d’étrangeté : celle de son corps, de son identité, et de ses interactions avec les autres.
Les réalités de l’exil
Le film met en lumière des aspects concrets de l’exil, comme les procédures de demande d'asile, notamment la procédure Dublin, et les démarches auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Jiji a été marquée par les témoignages de réfugiés, qui lui ont révélé le poids des attentes administratives. Elle souligne que la vérité personnelle des exilés est souvent mise de côté au profit d'un récit qui correspond aux exigences bureaucratiques.
Une héroïne complexe
La réalisatrice présente Selma comme une femme à la fois forte et fragile, refusant de la réduire à un simple symbole de la condition féminine dans l'exil. Sa lutte va au-delà de la simple obtention de papiers ; elle aspire à vivre pleinement, à retrouver le désir et l'amour. L’émancipation de Selma est ainsi centrale à l'intrigue, révélant le combat pour le bonheur dans un contexte de souffrance.
Le choix de Bordeaux
Le tournage a eu lieu principalement à Bordeaux, mais aussi dans des lieux comme Arcachon et Biscarrosse. Jiji a choisi cette ville pour son caractère moins cosmopolite, souhaitant que Selma se sente réellement isolée. Ce choix se reflète dans l’esthétique du film, qui évolue avec le parcours de Selma, passant de tonalités floues à des couleurs plus vives au fur et à mesure qu'elle s'adapte à sa nouvelle vie.
Un soutien régional pour le cinéma
L’Étrangère n'est pas seulement une œuvre cinématographique, mais aussi un projet soutenu par la région Nouvelle-Aquitaine. Le film a bénéficié d'aides financières significatives, dont 180 000 euros pour sa production en 2024, soulignant l'importance de la filière cinéma dans la région. Ces soutiens, combinés à l'appui du Département de la Gironde et de Bordeaux Métropole, renforcent la place du film dans le paysage cinématographique local.
Un parcours en festivals
Avant sa sortie nationale, L’Étrangère a été présenté dans plusieurs festivals de renom. Il a été sélectionné à Un Certain Regard lors du Festival de Cannes 2026, mettant en avant des œuvres innovantes et pertinentes. Le film a également été montré au Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz et aux Rencontres cinématographiques de Limoges, attirant déjà l'attention des cinéphiles.


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