Publié le lundi 15 juin 2026 dans la rubrique Lyon
Inceste : les dix ans de lutte d’une mère contre les défaillances de la justice à Saint-Étienne
À Saint-Étienne (Loire), une mère se bat depuis dix ans. Julia Vallet (le nom a été changé) dénonce l’échec de la justice à protéger sa fille, victime d’inceste. Son témoignage met en lumière des dysfonctionnements systémiques.
Dix ans de combat pour une mère stéphanoise
Julia Vallet ne prend la parole que pour une seule raison : protéger son enfant. Après une décennie de procédures, elle lance une ultime bouteille à la mer. La justice, censée veiller sur sa fille, a selon elle failli à sa mission première.
Son dossier concentre les griefs adressés à l’institution judiciaire dans le traitement des affaires d’inceste. Classements sans suite, inversion de la culpabilité, condamnation de la mère pour enlèvement d’enfant, placement à l’aide sociale à l’enfance (Ase), maintien des droits du père : chaque étape a aggravé la situation.
Les dysfonctionnements pointés par la commission parlementaire
Ces défaillances ne sont pas isolées. La commission d’enquête parlementaire sur le traitement judiciaire de l’inceste, dont les audiences se sont achevées le 22 mai, a soulevé exactement les mêmes problèmes. Le cas de Julia Vallet en est une illustration presque parfaite.
“La justice a toujours fait primer la présomption d’innocence sur le principe de précaution”, explique-t-elle. Une logique qu’elle juge inappropriée devant un juge des enfants. “Il est censé protéger ma fille avant tout.” Ce constat amer résume des années de lutte contre un système qui inverse les rôles.
Une avocate dénonce une maltraitance institutionnelle
Marie Sablon, avocate de Julia Vallet, ne mâche pas ses mots. Elle parle de “maltraitance institutionnelle” qui s’abat sur les mères dénonçant l’inceste. Le dossier de sa cliente, selon elle, contient tous les éléments caractéristiques de ce phénomène.
Avec une particularité qui rend l’affaire encore plus frappante : même les professionnels de la protection de l’enfance ne sont pas entendus. “Une situation assez inédite”, souligne l’avocate. Ce silence institutionnel aggrave le sentiment d’abandon.
Un système qui n’écoute ni les mères ni les professionnels
L’histoire de Julia Vallet révèle un paradoxe. La mère se bat pour protéger sa fille, mais la justice la punit. Condamnée pour enlèvement d’enfant après avoir tenté de soustraire sa fille au père incestueux présumé, elle voit son enfant placée à l’Ase. Pendant ce temps, le père conserve ses droits.
Pour protéger les victimes, les noms de la mère et de la fille ont été modifiés dans cette enquête. Certains propos et éléments peuvent choquer, mais ils sont indispensables pour porter la parole de Julia Vallet. Une parole qui, après dix ans, n’a toujours pas été suffisamment écoutée.

