Publié le vendredi 17 juillet 2026 dans la rubrique Marseille
Rencontres d'Arles : mémoire et réinvention photographique de l'Amérique
Les Rencontres d'Arles : un voyage photographique entre mémoire et réinvention
Les Rencontres d'Arles, dans les Bouches-du-Rhône, ouvrent cette année avec une programmation qui mêle archives oubliées, dialogues contemporains et grands maîtres. Plusieurs expositions invitent à voir l'Amérique sous des angles inattendus.
Martine Barrat, l'âme de Harlem et du South Bronx
La première exposition se déploie à l'Espace Van Gogh, en plein centre-ville. Elle est consacrée à Martine Barrat. Cette Française de 93 ans, installée à New York depuis la fin des années 1960, reste méconnue du grand public. Son travail en noir et blanc offre un témoignage brut sur la vie à Harlem et dans le South Bronx à la fin des années 1970.
Agathe Cancellieri, commissaire de l'exposition, souligne la rareté de ces images. "C'est un témoignage précieux puisque le South Bronx et Harlem ont été largement gentrifiés. Les habitants que vous voyez sur ces photos, pour la plupart, n'habitent plus ces quartiers. Martine tente de sauvegarder par ces photographies, par ces vidéos aussi, l'âme de ces quartiers. C'est important pour elle de préserver cette mémoire."
Dans le South Bronx, Martine Barrat filme et photographie les gangs et les habitants qui les côtoient. Les décors sont des quartiers en ruine, abandonnés. Pourtant, l'espoir et la beauté émergent de chaque image. Sur l'une d'elles, deux enfants du gang des Roman Kings marchent main dans la main dans des rues dévastées. "On a l'impression qu'il y a eu une guerre dans cet endroit que les enfants traversent. Et en même temps, il y a toute la beauté de la tendresse qui les unit. On voit l'œil de Martine qui essaie de ne pas s'arrêter à l'environnement, mais plutôt de mettre en avant les relations humaines", détaille Agathe Cancellieri.
L'Amérique blanche revisitée par Lee Shulman et Omar Victor Diop
À l'ancien collège Mistral, une autre Amérique se dévoile. Lee Shulman a fondé en 2017 The Anonymous Project, l'une des plus vastes collections de photographies couleur amateurs. Pour l'exposition Being There, il a fouillé des albums de famille américains des années 1950.
L'Amérique de cette époque est en pleine ségrégation raciale. Aucune personne de couleur n'apparaît sur ces clichés. Lee Shulman les revisite en y ajoutant un nouveau personnage : son ami, le photographe sénégalais Omar Victor Diop. "Je dirais que c'est le visiteur ironique, l'invité qu'on n'attendait pas. C'est une façon de souligner une absence, l'absence de ceux qui me ressemblent et l'absence de ceux qui sont différents de la majorité présente dans ces images", explique Omar Victor Diop.
Avec ses tenues vintage parfaitement crédibles, il s'immisce dans des réunions de famille, se joint à un groupe d'étudiants pour une remise de diplômes, ou s'invite dans des moments de fête. À l'entrée, une image de piscine interpelle. "Dans cette exposition, c'est la photo qui me frappe le plus, confie Lee Shulman. On voit une scène immense avec plein de gens dans la piscine, passant un moment exquis en famille. Quand je regarde cette photo, je ne vois que des Blancs. J'ai pris l'historique de cette photo : c'était une piscine réservée aux Blancs. Quand j'ajoute Omar dedans, la photo prend une autre dimension."
Harry Gruyaert, le voyage en couleurs
Les Rencontres d'Arles rendent aussi hommage aux grands noms de la photographie. C'est le cas du Belge Harry Gruyaert, 84 ans, membre de l'agence Magnum. Cet artiste de la couleur entraîne le visiteur de New York à Tokyo, d'Anvers à Istanbul. Un voyage sensoriel où chaque image raconte une histoire.
William Klein, le regard politique
Un autre géant est célébré cette année : l'Américain William Klein, autant peintre que photographe. L'exposition qui lui est consacrée met l'accent sur ses films et son engagement politique. Un regard incisif sur le monde, qui résonne encore aujourd'hui.


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