Publié le dimanche 14 juin 2026 dans la rubrique Montpellier
"Il faut cette pression populaire, il ne faut rien lâcher" : Lorène Russel appelle à la mobilisation ce lundi et les autres, pour mieux protéger les enfants
Elle a fait de la protection de l'enfance son combat. Maltraitée dans sa jeunesse, Lorène Russel a fondé l'association "L'enfant bleu" et écrit plusieurs livres. Installée à Béziers depuis 2021, elle a spontanément pris la tête du rassemblement organisé lundi 8 juin devant le tribunal judiciaire de Béziers. L'objectif : honorer la mémoire de Lyhanna, une fillette dont la mort tragique a mis en lumière les dysfonctionnements du système.
Un rassemblement suivi par plus de 250 personnes
La manifestation a réuni au bas mot 250 participants. Au lendemain de cette mobilisation, la militante entend capitaliser sur cet élan pour pousser à une évolution concrète du système. Les plaintes s'accumulent dans les commissariats, privés de moyens pour les traiter. Résultat : "les trois quarts du temps, elles sont classées", constate-t-elle.
37 ans d'engagement sans relâche
Lorène Russel milite depuis 37 ans pour les droits des enfants. Elle a accompagné de nombreuses victimes au sein de différentes structures, dont l'association "Un nouveau jour", créée en 2019. À 69 ans, elle assure ne plus prendre de nouveaux dossiers. Mais devant le palais de justice, des familles sont venues à elle. "Je ne les laisserai pas en plan", promet-elle. Elle connaît sur le bout des doigts les rouages des procédures.
"Il faut que ça bouge, ça fait trop longtemps que ça dure, il faut arriver à des solutions. Petit à petit, on a déjà obtenu des choses mais loin de ce dont on a besoin." Pour elle, l'urgence est à l'adoption d'une loi intégrale, dotée d'un budget. Cette loi devrait être présentée à partir de septembre. "Il faut cette pression populaire, il ne faut rien lâcher", lance-t-elle. Les enjeux sont clairs : des moyens pour la prévention, pour les soins, des peines lourdes pour les criminels. Et une réparation pour les victimes, même hors pénal, via des actions au civil.
Ne pas se tromper de coupable
Lorène Russel tient à une chose : ne pas attaquer les magistrats et les policiers. "Je sais combien de plaintes arrivent dans les commissariats, ils ne peuvent pas les traiter, ils ne sont pas suffisamment nombreux." La France est le pays d'Europe qui compte le moins de magistrats, rappelle-t-elle. Son grief vise ailleurs : "Je déplore la façon dont Gérald Darmanin se défausse sur la justice."
Dans l'affaire Lyhanna, elle reconnaît "de graves dysfonctionnements". Cette gamine n'aurait pas dû mourir, c'est dramatique. Elle devient un symbole, mais c'est avant tout une petite fille dont la famille est brisée. "Le problème, ce sont les choix politiques effectués : la justice et la police sont exsangues. Il y a un manque de moyens. Darmanin est responsable de ce dysfonctionnement judiciaire. Là, il jette en pâture les magistrats à la population, ce qui peut avoir de graves conséquences."
Un rendez-vous chaque lundi
Lorène Russel donne rendez-vous ce lundi 15 juin, à 19 heures, devant le tribunal de Béziers. Et tous les autres lundis, selon le mot d'ordre national. "Les papas, les mamans, les frères, les sœurs, il faut que les gens se déplacent. C'est la pression populaire qui permettra de faire changer les choses. Des Lyhanna – comme tous les autres enfants victimes – il ne doit plus y en avoir. Tout le monde doit être mobilisé, tout le monde doit être concerné."
Elle insiste sur le cadre : les rassemblements doivent se dérouler dans le calme et le respect. Il ne s'agit pas de s'opposer aux magistrats, mais de comprendre pourquoi il y a eu dysfonctionnement. Sa longue expérience lui donne une réponse simple. "Quand je suis sur un dossier, ça prend du temps. Il faut des moyens."

