Publication le 3 juillet 2026 · Mis à jour le dimanche 05 juillet 2026 dans la rubrique Montpellier
Liquidation judiciaire de la librairie Sauramps à Montpellier, 47 salariés licenciés
Montpellier : la librairie Sauramps ferme définitivement, 47 salariés sur le carreau
Vendredi 3 juillet, 11 heures du matin. Le tribunal de commerce de Montpellier prononce la liquidation judiciaire de Sauramps. Dans la foulée, les salariés reçoivent l’ordre de tout arrêter, de récupérer leurs affaires et de partir. Certains comptaient plus de trente ans d’ancienneté dans cette librairie ouverte depuis 1946. Un délégué CGT, Julien Domergue, a annoncé la nouvelle d’une voix tremblante. L’entreprise employait 47 personnes à Montpellier et 7 à Alès, dans le Gard.
Dès l’après-midi, les clients défilent devant la porte close. Un écriteau indique que le magasin ne rouvrira pas. Certains manquent de se cogner dans la vitre, habitués qu’ils sont à pousser la porte. La déception et la colère se lisent sur les visages.
Une liquidation brutale, un départ précipité
La librairie était sous surveillance depuis le 16 juin, date de son placement en redressement judiciaire. Mais l’issue est tombée plus vite que prévu. Le 2 juillet au matin, Sauramps n’avait déjà pas ouvert ses portes. “On ne voulait pas demander aux clients de partir”, a expliqué Julien Domergue. Le fonds de commerce manquait de trésorerie pour réapprovisionner les rayons depuis des mois. Les étagères se vidaient, et avec elles les clients. Le bâtiment, emblématique et situé à deux pas de la place de la Comédie, vieillissait lui aussi.
Cette institution de la vie montpelliéraine n’échappe pas au sort d’autres grandes enseignes françaises : Gibert ou le Furet du Nord ont aussi dû se restructurer en urgence. La concurrence du e-commerce et le déclin de la lecture pèsent lourd. Sauramps, créée en 1946, n’a pas su résister.
“C’est une perte humaine” : commerçants et clients sous le choc
Devant la librairie, le défilé a duré toute la journée. Sophie, 33 ans, de passage à Montpellier pour les vacances, connaît l’endroit par son grand-père. Originaire des Ardennes, il y avait effectué son service militaire. “Quand il nous parlait de Montpellier, il nous parlait de cette librairie. Il venait acheter ses livres de fac ici. C’est triste de voir que ça ferme…”
Claudine, retraitée installée depuis cinq ans, était une habituée. Ce qu’elle regrette le plus ? Le contact humain, les conseils. “Il n’y a plus ça aujourd’hui avec internet. C’est une misère.” Elle s’inquiète aussi pour les employés : “Ça fait plein de gens au chômage. Ça me fait mal au cœur.”
De l’autre côté de la rue, Valérie, 62 ans, propriétaire d’une brasserie depuis dix ans, range sa terrasse. Elle connaissait bien les employés de Sauramps. “Ils venaient tous manger chez moi, on se connaît bien, ce sont des gens super sympas. Maintenant je ne les verrai plus.” La perte est aussi financière. “Ça montre toute la misère de ce centre-ville, ça ferme partout !” s’exclame-t-elle en montrant les devantures vides.
Un déclin annoncé dans un secteur en crise
Sauramps n’est pas un cas isolé. La librairie indépendante subit de plein fouet la révolution numérique. Amazon et autres plateformes grignotent les parts de marché. Le nombre de lecteurs diminue. Les marges des libraires fondent. À Montpellier, le bâtiment historique de Sauramps, idéalement situé mais vieillissant, n’attirait plus. Les clients se faisaient plus rares. Les rayons, moins fournis, décourageaient même les fidèles. Un cercle vicieux.
Les salariés, eux, doivent digérer l’annonce. Beignés de trente ans de maison, ils se retrouvent sans emploi du jour au lendemain. La CGT a dénoncé une décision brutale. Aucune perspective de reprise ne s’est dessinée.
Une page se tourne pour le centre-ville de Montpellier
La fermeture de Sauramps laisse un vide. Pas seulement dans le paysage commercial : dans le cœur des Montpelliérains. Lieu de rendez-vous, repère culturel, l’enseigne faisait partie du décor. Les témoignages recueillis vendredi montrent l’attachement réel des habitants. Certains venaient depuis des décennies. D’autres y achetaient leurs premiers livres. La librairie incarnait une certaine idée de la ville, celle du commerce de proximité, du conseil personnalisé.
Le bâtiment reste là, place de la Comédie. Mais la librairie, elle, ne rouvrira pas. Les 54 salariés de Montpellier et d’Alès cherchent désormais un avenir ailleurs. Un pan de l’histoire locale disparaît.


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