Publié le vendredi 26 juin 2026 dans la rubrique Montpellier
Mariage d’étrangers en situation irrégulière : "C’était une mascarade", tance Robert Ménard, après l’échec du vote à l’Assemblée nationale
Béziers, Hérault – C'est un sentiment d'amertume qui domine chez Robert Ménard. Le maire de Béziers a qualifié le débat parlementaire du 25 juin de "mascarade", après l'échec du vote sur la proposition de loi visant à renforcer les pouvoirs des maires face aux mariages d'étrangers en situation irrégulière. La journée a tourné au vinaigre dans l'hémicycle.
Une obstruction parlementaire méthodique
La niche parlementaire de l'Union des droites (UDR), le parti d'Éric Ciotti, devait permettre l'examen d'un texte sénatorial. L'objectif : donner aux maires et aux procureurs des outils supplémentaires pour lutter contre les mariages arrangés ou simulés. Mais la gauche et l'extrême gauche en ont décidé autrement.
Pendant des heures, les députés ont usé de toutes les parades autorisées par le règlement. Rappels au règlement, suspensions de séances, débats interminables sur un mot isolé. Jusqu'à des poèmes. Le tout pour épuiser le temps de parole avant l'heure butoir de minuit. Pas moins de 380 amendements et sous-amendements ont été déposés. Une machine de guerre procédurale.
La gauche brandit la Constitution
La députée LFI Ségolène Amiot a porté la contre-attaque. "Vous avez choisi d'empêcher 400 couples de se marier sur les plus de 241 000 mariages célébrés en France", a-t-elle lancé. "La Constitution rappelle que le droit de se marier avec qui on veut est un droit fondamental. Vous savez pertinemment que ce texte tombera face au Conseil constitutionnel."
Son argumentaire a trouvé un écho chez les opposants au texte, qui dénoncent une atteinte aux libertés individuelles.
L'UDR et le RN jouent les absents
Ironie du sort, les députés UDR ont déserté leur propre niche parlementaire une bonne partie de la matinée. Leurs alliés du Rassemblement national ont suivi le mouvement. Julien Gabarron, député RN de la sixième circonscription de l'Hérault, justifie cette absence : "On était là pour voter la loi, mais quand ça n'avance pas et qu'on se fait traiter de facho et de néo-nazi pendant trois heures, on n'allait pas rester."
Présent toute la journée, il dénonce une obstruction parlementaire sur une loi qu'il juge "assez soft", dont l'article le plus virulent a déjà été censuré l'an dernier. Sa surprise vient plutôt du gouvernement. "Je ne suis pas surpris de la gauche, mais plutôt du gouvernement qui a été complice de ça."
Le gouvernement choisit la prudence
Gérald Darmanin, ministre de la Justice, était présent au banc du gouvernement. Il n'a pas activé l'article 44.2 de la Constitution, qui permet de passer directement au vote sans débats. Pourtant, il avait publiquement soutenu la proposition de loi et Robert Ménard. Le ministre a toutefois laissé une porte ouverte : "Si la loi n'a pas un vote favorable, le gouvernement inscrira cette proposition de loi sur son temps parlementaire."
Robert Ménard ne décolère pas. "Renaissance, Ensemble et le Modem sont complices de cet échec, en refusant le vote bloqué du ministre." Il s'emporte contre les accusations de la gauche : "Quand on entend LFI dire que l'on veut empêcher les étrangers de se marier, ça me met hors de moi. Ils n'ont pas utilisé une seule fois le mot 'situation irrégulière'."
L'avenir de la loi et le procès de Robert Ménard
Si le gouvernement reprend le texte, les députés RN voteront-ils pour ? "Évidemment", répond Julien Gabarron. "Si c'est pour changer les choses. On ne fait pas de jeux politiques, on fait de la politique." Une position claire, qui tranche avec la confusion de la journée.
Pour Robert Ménard, l'enjeu est personnel. Le maire de Béziers risque cinq ans de prison, 75 000 euros d'amende et une peine d'inéligibilité lors de son procès le 30 septembre. Il avait refusé de marier une Biterroise avec un Algérien sous le coup d'une OQTF. "J'espère que ça sera voté rapidement, confie-t-il. Si c'est voté d'ici là, je pourrai me défendre en disant aux juges qu'ils ne vont pas me condamner sur le fondement d'une loi en train d'être changée." Il cite l'exemple de Marine Le Pen, frappée d'une peine d'inéligibilité avec exécution provisoire.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Le texte pourrait revenir sur le bureau de l'Assemblée, porté par une majorité qui, cette fois, le soutiendrait. En attendant, le feuilleton parlementaire laisse un goût amer à Béziers.


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