Publié le vendredi 26 juin 2026 dans la rubrique Montpellier
"Même une mouche j’hésite à la tuer" : au procès du meurtre du parc Sainte-Odile à Montpellier, l’inquiétant profil psychologique de l’accusé
À Montpellier, dans l'Hérault, le procès du meurtre d'Adam, 26 ans, s'est ouvert ce jeudi 25 juin à la Cour d'Assises. Le jeune cuisinier avait été poignardé le 12 novembre 2022 à l'entrée du parc Sainte-Odile, dans le quartier Boutonnet. Dans le box, Beeloochy Jean Juste, 30 ans, reconnaît les coups mortels mais nie toute intention de tuer. Ses déclarations posent question.
Les mots d'une mère
« Celui qui a volé la vie de mon enfant et détruit la mienne. » La voix de la mère d'Adam a résonné dans la salle d'audience. Son fils, originaire du Petit-Bard, avait été retrouvé en sang sur les marches en béton du parc, à la nuit tombée. Touché au cœur et au foie, il était décédé au CHU Lapeyronie en début de soirée. Elle le décrit comme « un bon garçon, intelligent et courageux », fier de son métier de cuisinier, toujours prêt à jouer les médiateurs.
Un drame dans un point de deal
Le parc Sainte-Odile n'est pas un square banal. C'est un point de deal connu dans le quartier. Ce soir-là, Adam accompagnait trois autres personnes. L'un d'eux affirme chercher un individu avec qui il avait un différend autour de la vente d'une voiture. Le problème ? Le groupe était armé de deux gazeuses et d'un pistolet Gomm cogne, qui tire des balles en caoutchouc. Le président de la Cour, Eric Emmanuelidis, a tiqué : « Cette histoire de voiture méritait cette expédition punitive ? » Me Marc Gallix, avocat de la défense, a renchéri : « Que venez-vous faire dans ce parc, armés ? »
Le fameux individu recherché, surnommé « le Poulpe », est bien connu des services de police pour des affaires de stupéfiants. Et lors de la perquisition chez la victime, les enquêteurs ont mis la main sur une grosse somme en liquide, deux barrettes de cannabis et du matériel de cannabiculture. L'hypothèse d'un conflit lié au trafic semble crédible.
Le récit de la soirée
Les versions s'accordent sur les instants précédant le drame. Adam s'est éloigné du groupe pour uriner. Ses amis ont entendu des cris. Ils l'ont retrouvé poignardé. L'auteur avait déjà pris la fuite.
Beeloochy Jean Juste a été interpellé trois mois plus tard à Noisy-le-Grand, en région parisienne, par les enquêteurs de la police judiciaire. Il explique que ce soir-là, un individu l'a abordé dans le square. L'homme lui a demandé s'il était « le Poulpe » ou s'il le connaissait. L'accusé affirme que celui-ci lui tenait le bras avec insistance. C'est pour cette raison, dit-il, qu'il a sorti son couteau.
Une réaction qui interroge
Le président n'a pas mâché ses mots : « Vous ne percevez pas la différence entre quelqu'un qui vous tient le bras et six coups de couteau ! » Il a demandé à l'accusé comment il qualifiait les faits. « C'est grave et désolant », a répondu Beeloochy Jean Juste d'une voix calme, presque posée. Et d'ajouter : « Je n'ai jamais voulu tuer qui que ce soit. Même une mouche qui me fait chier, j'hésite à la tuer. »
Un parcours chaotique
La déclaration force à s'intéresser à la psychologie du trentenaire. Né en Haïti, arrivé à Montpellier à 19 ans, Beeloochy Jean Juste porte une enfance fracturée. Élevé par sa tante qu'il croyait être sa mère, il a été réclamé par sa vraie mère à six ans, partie vivre en Guyane. Cette dernière s'est montrée malveillante. Il a connu les foyers, un nouvel abandon quand sa mère a rejoint la métropole, puis la délinquance.
Dans son rapport, l'experte psychologue décèle des « traits psychotiques », une « enfance traumatique, chaotique ». Elle évoque une « angoisse de survie » qui pourrait expliquer la violence des coups lors du quiproquo dans le parc. « Au moment où il a de l'angoisse, tout est possible », analyse-t-elle. L'accusé a d'ailleurs confié : « Je me suis senti en danger. Je me suis dit qu'il pouvait y avoir plusieurs ravisseurs prêts à me mettre dans un sac. »


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