Publié le jeudi 11 juin 2026 dans la rubrique Nantes
À Sautron, des parents dénoncent le manque d'AESH pour leurs enfants handicapés
À Sautron, au nord de Nantes, sept familles de l'école de la Forêt tirent la sonnette d'alarme. Elles réclament des moyens d'accompagnement adaptés pour leurs enfants en situation de handicap, et dénoncent un système qui, selon elles, joue sur l'épuisement des parents pour éviter de changer.
Une solution jugée intenable
Marine Breton est la mère d'Isidore, un garçon de 10 ans diagnostiqué dyslexique depuis deux ans. Le 20 mars, sa famille reçoit une notification de la CDPAH - la Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées - qui ouvre droit à une AESH, un accompagnant d'élèves en situation de handicap, pour son fils. Mais quand Marine Breton contacte le Pôle inclusif d'accompagnement localisé, le service de l'Éducation nationale chargé d'affecter ces accompagnants, la réponse tombe : pas une heure supplémentaire ne sera accordée à l'école de la Forêt.
La proposition faite aux parents ? Puiser sur les heures déjà insuffisantes des six autres enfants pour en donner un minimum au septième. "Appauvrir des enfants déjà sous-accompagnés pour en accompagner un nouveau à moitié", résume Marine Breton. Les familles ont refusé, "unanimement, fermement, sans la moindre hésitation".
Des heures retirées à d'autres enfants
François Quentel, père d'un garçon de 9 ans accompagné par une AESH depuis quatre ans, a vu la moitié des heures de son fils disparaître l'an dernier. "À chaque fois qu'un nouvel enfant se voit attribuer un accompagnement, on retire des heures à un autre enfant", déplore-t-il. Conséquence directe : l'instituteur dispose de moins de temps pour les autres élèves.
À l'école de la Forêt, une AESH est attitrée à une petite fille souffrant d'un handicap moteur. Une autre, mutualisée, cumule 26 heures par semaine. Cela représente à peine une heure par jour pour chaque enfant concerné. Une dotation largement insuffisante, jugent les parents.
Mylène, mère d'un garçon de 11 ans, décrit la situation de son fils : "Il est dyslexique avec un retard important au niveau de l'apprentissage. Il aurait besoin de quelqu'un en permanence pour l'assister."
Des enfants qui se sentent "à la marge"
Les conséquences sur le moral des enfants sont lourdes. Mylène raconte son fils : "Il est déprimé, moins motivé, il se sent découragé de l'école parce qu'il voit qu'il a des difficultés. Il sent qu'il a un problème."
Chez Isidore, l'institutrice estime le retard à deux ans et demi. Sa mère, Marine Breton, l'affirme : "On sait qu'il restera dyslexique toute sa vie. Mais on a besoin que l'école se mette à sa hauteur et soit inclusive. Les enfants qui ont des troubles de l'apprentissage sont en mal-être. Ils sont convaincus qu'ils sont bêtes et se sentent à la marge, exclus. On abîme leur estime d'eux-mêmes."
Silence de l'institution
Depuis le 18 mai, les familles ont écrit collectivement et individuellement à la Rectrice de l'académie, à l'Inspecteur académique, au Directeur académique, au Ministre de l'Éducation nationale, au Défenseur des droits, au médiateur académique et à la MDPH. Marine Breton décrit le résultat : "Des accusés de réception polis, des promesses creuses de 'se rapprocher des services compétents', et le silence. Pas un engagement. Pas une date. Pas un coup de téléphone."
Le rectorat, contacté, n'a pas répondu aux questions sur ce dossier. La semaine dernière, à Vertou, au sud de Nantes, des parents avaient vécu une situation similaire : les heures du midi de l'AESH de leur fille Louise avaient été réattribuées à d'autres enfants.
Solidarité avec les AESH et suite judiciaire envisagée
Mardi 9 juin, des manifestations ont eu lieu partout en France. Les AESH se sont notamment rassemblées à Nantes, place Royale. La profession réclame une revalorisation salariale, un véritable statut de fonctionnaire et davantage de formations. Le SNES-FSU demande une "école pleinement inclusive donnant réellement les moyens de l'accompagnement des élèves en situation de handicap."
Les familles de Sautron soutiennent ce combat. "Elles sont elles-mêmes victimes de ce système, estiment-elles. Employées dans une précarité extrême, sous-payées, elles portent au quotidien une mission humaine et essentielle que l'institution ne se donne pas les moyens d'assumer dignement."
Le 26 juin, cinq des parents rencontreront le député socialiste de la première circonscription de Nantes, Karim Benbrahim. Marine Breton craint que rien ne bouge avant la fin de l'année. Mais les familles tiennent bon. "On est prêt à assigner l'éducation nationale en justice, prévient-elle. Nos enfants ont le droit de vivre leur scolarité de manière apaisée. Ce n'est pas un privilège. C'est la loi. Et nous ferons tout pour qu'elle soit respectée."

