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Publication le 15 mai 2026 · Mis à jour le jeudi 11 juin 2026 dans la rubrique Nantes

Quatre fusillades mortelles en deux mois à Nantes liées au narcotrafic

Quatre fusillades mortelles en deux mois à Nantes plongent la ville dans l'angoisse. Découvrez comment le narcotrafic transforme les quartiers en zones de guerre.

Quatre morts en deux mois : la spirale meurtrière du narcotrafic à Nantes

Des tirs à scooter en pleine rue. Des adolescents fauchés par balles. Des jeunes hommes abattus pour une place sur un point de deal. Depuis fin avril, Nantes vit au rythme des fusillades liées au trafic de stupéfiants. Quatre vies ont été brisées en moins de deux mois, et plusieurs blessés graves sont à déplorer. Les quartiers de Port-Boyer, de La Bottière et du nord de la ville sont sous le choc.

Le 28 avril, Serge, 22 ans, est tué d'une balle dans la tête à La Bottière. Deux semaines plus tard, le quartier de Port-Boyer est mitraillé à l'aveugle : un adolescent de 15 ans, Elidjah, perd la vie. Un enfant de 13 ans est grièvement blessé, un autre de 14 ans plus légèrement. L'attaque a lieu vers 19h30, au pied d'un immeuble identifié comme un point chaud du trafic. Deux hommes à scooter ouvrent le feu, puis disparaissent.

La série noire ne s'arrête pas là. Dans la nuit du 25 mai, un mineur de 16 ans originaire d'Angers est blessé d'une balle dans le mollet rue Samuel de Champlain, au nord de Nantes. Avant d'être visé, il a été séquestré sous la menace d'une arme, dénudé, frappé et soumis à des actes dégradants. Le parquet de Rennes précise que ce lieu est un point de deal connu des forces de l'ordre.

Le lendemain, 26 mai, peu avant 22 heures, un jeune homme d'un peu plus de 18 ans est atteint à la tête près d'un immeuble. Les secours ne peuvent le ranimer. Deux individus à scooter ont tiré avant de fuir. Une autre victime s'ajoute : Tayron, une vingtaine d'années, retrouvé sans vie près du stade de la Beaujoire. Enfin, le 4 juin, un jeune homme de 18 ans est tué par balle en début d'après-midi à La Bottière. Quatrième meurtre d'une série qui, pour le parquet, ne fait aucun doute : tous ces drames sont liés au trafic de drogue.

Des victimes de plus en plus jeunes, des tireurs recrutés comme "chair à canon"

Ce qui frappe les enquêteurs, c'est le rajeunissement des profils. Des adolescents de 15, 16 ou 18 ans deviennent à la fois cibles et exécutants. Fabrice Rizzoli, spécialiste de la grande criminalité, observe des méthodes déjà vues à Marseille : usage de fusils d'assaut, recours à de jeunes tireurs recrutés pour une mission ponctuelle. "Les petits jeunes font office de chair à canon", résume-t-il, décrivant des réseaux "hyper-structurés".

Les victimes ne sont pas toutes liées directement au trafic. Elidjah, 15 ans, a été mitraillé à l'aveugle. Le jeune Angevin de 16 ans était en fugue et s'est retrouvé mêlé à une rivalité entre bandes. Serge, Tayron et le jeune de 18 ans tué le 4 juin étaient vraisemblablement impliqués dans le milieu. Mais pour les habitants, cette distinction importe peu. La violence frappe sans discernement dans des quartiers où le trafic s'impose comme une économie parallèle.

"J'entends cette maman hurler qu'on lui a tué son bébé" : la peur s'installe

À Port-Boyer, une résidente confie son désarroi. Son quartier a changé. La montée du narcotrafic lui a volé son cadre de vie. "On essaie de faire abstraction, mais c'est compliqué", dit-elle. Nombreux sont ceux qui veulent partir, mais les moyens financiers manquent. Elle raconte une scène qui restera gravée : "J'entends cette maman dehors qui hurle qu'on lui a tué son bébé, c'est déchirant." Un sentiment d'impuissance partagé par les voisins.

Dans les quartiers nord, Louisa Battoy, figure associative, vit ces drames en première ligne depuis trente ans. Elle voit les passages à tabac, les tirs de fusils d'assaut, les règlements de comptes se multiplier. Après la mort du quatrième jeune, elle alerte : "On doit aider nos jeunes, ils sont l'avenir de nos quartiers." Son association "Casse ta routine" accompagne chaque jour les jeunes dans leurs démarches d'emploi, de logement, d'insertion. Mais elle craint que sans prévention renforcée, la situation ne se dégrade encore.

La maire de Nantes, Johanna Rolland, a elle aussi réagi. "Le narcotrafic continue de tuer : des vies brisées, des familles détruites, des habitants qui ont peur", écrit-elle. Elle réclame une réponse de l'État "à la hauteur de l'enjeu". Un appel pressant, alors que les scooteristes armés continuent de semer la mort dans les rues de la cité des ducs. Et que les familles, comme celle du jeune Elidjah, enterrent leurs enfants. Quatre tombes en deux mois. La ville retient son souffle.


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