Publié le lundi 17 août 2026 dans la rubrique Nantes
DÉCRYPTAGE. "L’État s’en prend aux pauvres", pourquoi meurt-on encore dans la rue en 2026 ?
En France, 912 personnes sans domicile fixe ont perdu la vie dans la rue en 2024, d'après le collectif Les Morts de la Rue, un chiffre alarmant qui a doublé en douze ans. La majorité de ces décès surviennent dans des lieux fréquentés par le grand public, soulevant la question de l'inaction face à cette tragédie sociale.
Jean-Yves, symbole de la rue à Nantes
À Nantes, sur la rue de la Marne, Jean-Yves est devenu une figure locale. À 18 ans, il se retrouve à la rue après un passage par la DDASS. "Je dois me débrouiller", dit-il en souriant, malgré la chaleur accablante. La canicule de cet été a causé la mort de plusieurs sans-abri dans la ville. Jean-Yves fait partie des 10 000 à 15 000 personnes vivant dans des conditions indignes sur l’agglomération nantaise, selon Nantes Métropole.
Des maraudes pour un soutien précieux
Inès Hubert-Breyer Chiché, engagée auprès des sans-abri, intervient chaque mercredi avec l'Ordre de Malte. Elle témoigne des violences et de la détresse croissante, exacerbées par le narcotrafic. "Cela crée une insécurité difficile à gérer", explique-t-elle. La santé des personnes sans-abri se détériore, et de nombreux décès ne sont pas liés à des agressions, mais à des conditions de vie précaires.
Le projet 5Ponts : un accès à la santé
Un des dispositifs essentiels pour les plus démunis à Nantes est le projet 5Ponts, lancé en 2009. Mathilde Pierrefils, infirmière, y apporte un soutien médical. Le "pont vers la santé" permet aux sans-abri d'accéder à des soins, comme le suivi dentaire. "Quand je vais chez le dentiste, ça se passe super bien après", confie Pierre, un bénéficiaire. L'accès à des médicaments basiques, comme le Doliprane, reste un défi sans carte Vitale.
Les addictions, un fléau à combattre
Les conditions de vie dans la rue favorisent des problèmes de santé mentale et physique. Les addictions touchent environ un quart des personnes décédées, souvent dans des conditions d'hygiène déplorables. Nina Lerat, médiatrice en santé, distribue des kits destinés à réduire les risques sanitaires liés à la consommation de drogues. Ces kits permettent d'éviter des infections graves, comme l'hépatite ou le VIH.
L'inaction de l'État face à la crise
Face à cette tragédie, l'État propose un numéro d'urgence, le 115, pour un hébergement temporaire. Toutefois, les places sont insuffisantes et souvent saturées. Tim, à la rue depuis 2021, critique l'inefficacité des solutions mises en place : "C'est temporaire. Quand tu es un homme, ça prend du temps." Il trouve refuge grâce à l'association la Maison du Peuple, dans une maison abandonnée, autorisée par la mairie.
Une vie en communauté : entraide et dignité
À la Maison du Peuple, les bénéficiaires vivent en communauté, partageant les ressources. "On essaie de rester propre du mieux possible", déclare "Flash", une jeune femme chargée de remplir des bidons d'eau. Une douche solaire a été installée pour permettre aux résidents de maintenir un minimum d'hygiène. Ces initiatives offrent une dignité souvent perdue dans la rue.
Un appel à l'action pour les plus vulnérables
Pierre Kaniki, militant pour la Maison du Peuple, souligne que les associations comblent les lacunes laissées par l'État. "L'État s'en prend aux pauvres plutôt que d'agir sur les racines de la pauvreté", dénonce-t-il. Sans ces efforts collectifs, beaucoup de personnes sans-abri ne seraient pas en vie aujourd'hui. L'âge moyen des défunts dans la rue est de 47,7 ans, soit une différence de 32 ans par rapport à l'espérance de vie générale.


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