Publié le dimanche 07 juin 2026 dans la rubrique Nantes
Du confinement à 800 000 abonnés : le Nantais Clemgot raconte les dessous de l'influence
Clément Gauthier, alias Clemgot sur les réseaux, a 24 ans et vit à Nantes (Loire-Atlantique). Ce qui n'était qu'un passe-temps né pendant le confinement est devenu son métier à plein temps. Entre écriture, tournage et statistiques, il raconte les dessous méconnus de la création de contenus.
Des vidéos pour tromper l'ennui
Tout commence à Tours, où Clément est confiné avec son ami Colin. Ce dernier se lance sur TikTok. Clément trouve ça gênant, il n'a aucune envie de poster. Mais Colin insiste. Il finit par céder. Les premières vidéos sont des pranks, des sketches légers, juste pour s'amuser. Aucune ambition professionnelle. "On faisait des vidéos parce qu'on s'ennuyait", explique-t-il.
Pourtant, les abonnés arrivent. Les vues grimpent. Les messages positifs aussi. Une reconnaissance qui pousse Clément à continuer. Six ans plus tard, il approche les 800 000 abonnés. La création de contenus occupe désormais l'essentiel de son temps.
Une méthode de travail exigeante
Diplômé d'une licence de cinéma à Nantes puis d'un master en communication, Clément ne laisse rien au hasard. "Je veux mettre en scène ce que je fais", dit-il. Chaque journée commence par plusieurs heures d'écriture. Les idées sont travaillées, réécrites, parfois abandonnées. Là où d'autres misent sur la spontanéité, lui préfère la préparation.
Le travail invisible domine. "Les gens ne voient que le résultat final. Ils ne voient pas tous les projets écrits puis jetés à la poubelle." Sur plusieurs concepts imaginés, seuls quelques-uns seront tournés et publiés. Ses sketchs puisent dans le quotidien : anecdotes personnelles ou histoires de proches, transformées en récits humoristiques avec une morale.
Vers une professionnalisation assumée
Avec le temps, l'activité du duo s'est structurée. Aujourd'hui, Clément et Colin travaillent avec une agence d'influence. Celle-ci gère les relations avec les marques et aide à développer de nouveaux formats. Des auteurs de l'agence participent même aux réflexions créatives. Une évolution qui reflète la transformation du métier d'influenceur en véritable secteur d'activité.
Clément constate que le grand public comprend encore mal cette réalité. "Les gens ont parfois une vision négative des réseaux sociaux", regrette-t-il.
Revenus irréguliers et pression des chiffres
Comme beaucoup d'auto-entrepreneurs, ses revenus fluctuent. "Il y a des mois où on gagne bien sa vie et d'autres où on ne gagne presque rien." Ses ressources viennent des revenus publicitaires sur les plateformes, des collaborations commerciales et des droits d'auteur. Les publicités restent son levier principal.
Les statistiques rythment son quotidien : vues, abonnements, taux d'engagement. Ce sont souvent les seuls retours immédiats sur son travail. Une pression parfois pesante. Quand une vidéo fonctionne mal, les remises en question surgissent. Mais il voit aussi ces périodes comme des occasions d'évoluer et de tester. Pas de recette miracle : le timing, les sujets, le hasard jouent un rôle déterminant.
Des convictions au-delà du divertissement
Clément utilise sa visibilité pour aborder des sujets qui lui tiennent à cœur : santé mentale, anxiété, questions LGBTQ+. Il refuse l'idée d'une mission, mais assume l'impact de ses contenus. Pour garantir des collaborations responsables, il s'est formé auprès de l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP).
Cette exigence le conduit à refuser certaines propositions : plateformes de commerce en ligne, instituts de chirurgie esthétique. "Créer du contenu ne consiste pas uniquement à divertir, c'est aussi transmettre des messages et assumer des convictions." Les réseaux sociaux, dit-il, lui ont permis d'affirmer ses valeurs, sa personnalité et de prendre confiance en lui.
Un avenir ouvert
Après six ans, Clément ne montre aucune lassitude. Il reconnaît avoir parfois "la tête dans le guidon", mais se sait armé grâce à ses diplômes et son expérience. L'avenir ? Il l'imagine autour de nouvelles passions : le cinéma, le jeu vidéo, des formats plus ambitieux. Pourquoi pas animer sa propre émission un jour.
En attendant, il continue d'écrire, tourner et publier, avec la même conviction qu'au début : "Quoi que vous fassiez, vous serez critiqué. Alors faites ce que vous aimez."

