Publication le 23 juin 2026 · Mis à jour le mardi 30 juin 2026 dans la rubrique Strasbourg
Blue Paper condamnée à une amende de 20 000 euros pour pollutions répétées à Strasbourg
L'usine Blue Paper condamnée pour ses rejets polluants : une peine bien en dessous des réquisitions
L'usine de carton ondulé Blue Paper, située à Strasbourg, a été condamnée mardi 23 juin par le tribunal correctionnel. Les faits remontent à plusieurs années : des contrôles de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dréal) avaient mis en évidence des rejets polluants répétés. L'entreprise était poursuivie pour avoir dépassé ses limites de production autorisées et généré une pollution sans autorisation.
La peine prononcée est une amende de 20 000 euros avec sursis pour les dépassements constatés entre le 1er janvier 2021 et le 21 décembre 2022. S'y ajoute une contravention de 1 500 euros. En revanche, pour les faits datant du 7 mars 2024, Blue Paper a été relaxée. Le parquet avait requis 200 000 euros d'amende et deux amendes de 7 500 euros. L'écart est donc important.
Lors de l'audience du 28 avril, un point central des débats a porté sur le seuil de production journalier autorisé : 200 tonnes de carton par jour. Selon la Dréal, ce plafond a été dépassé à 60 reprises. L'usine parvient toutefois à respecter la limite annuelle. Les deux parties ont indiqué qu'elles pouvaient faire appel de cette décision.
Un médecin alerte sur les risques de l'incinérateur et la demande d'augmentation de production
Thomas Bourdrel, médecin radiologue et fondateur du collectif national de médecins « Air Santé Climat », suit de près les projets industriels strasbourgeois. Il a réagi à cette condamnation en la qualifiant d'« ordre du symbole ». L'incinérateur de l'usine, validé en 2016 et inauguré en 2019, est au cœur de ses inquiétudes. Blue Paper a récemment sollicité une nouvelle autorisation pour augmenter sa production, donc ses rejets.
Pour le médecin, les arguments en faveur de l'incinération en France agissent comme un « rouleau compresseur » sur les décideurs. Il dénonce un modèle « subventionné mais inefficace pour le climat » et dangereux pour la santé. L'incinérateur, déjà critiqué lors de sa mise en service, continue de susciter l'opposition des militants écologistes et de certains riverains.
Le timing de la condamnation interroge. Alors que l'usine veut produire davantage, les dépassements passés de ses seuils autorisés rappellent les limites réelles de son exploitation. La relaxe pour les faits de mars 2024 n'efface pas les multiples infractions commises sur près de deux ans. Les habitants du secteur, eux, attendent des garanties concrètes sur la qualité de l'air.
Cette affaire relance le débat sur la place de l'incinération dans le tissu industriel alsacien. Les associations environnementales rappellent que d'autres pollutions, comme celles liées aux pesticides dans l'eau potable, ont été révélées grâce à la vigilance citoyenne et aux actions en justice. La décision sur un éventuel appel sera scrutée de près par les collectifs mobilisés.


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