Publié le vendredi 05 juin 2026 dans la rubrique Strasbourg
Mobilisation citoyenne contre le data center de Microsoft à Petit-Landau
Des associations écologiques s’opposent fermement à l’implantation d’un data center de Microsoft à Petit-Landau, situé à l’ouest de l’agglomération mulhousienne, dans le Haut-Rhin. Lors d'une conférence de presse tenue le 3 juin, elles ont appelé à une mobilisation citoyenne lors de l’enquête publique qui a débuté deux jours auparavant. Michèle Grosjean, présidente d'Alsace Nature, et Annie de Larochelambert, présidente d’Alter Alsace Énergies, ont exprimé leur désir d'une réelle transparence dans le processus et ont demandé un moratoire immédiat sur le projet.
Des préoccupations environnementales majeures
Les craintes des défenseurs de l'environnement sont multiples. Le projet de Microsoft, qui nécessitera d'importantes ressources en eau et en électricité, pourrait, selon certaines estimations, consommer l'équivalent de 80 % de l’énergie utilisée par les ménages du Haut-Rhin. Les bâtiments du data center s’étendraient sur un kilomètre de long, occupant 40 hectares, dont 10 hectares de terres agricoles en bio. Cette situation soulève des questions concernant l'impact sur la biodiversité et les zones humides.
Les critiques des associations
Les associations s'appuient sur un avis de la Mission régionale d’autorité environnementale (Mrae), qui avait déjà recommandé de suspendre le projet en raison du manque d’informations complémentaires. Elles remettent en question la légitimité du projet, estimant qu’il a été décidé sans une véritable consultation sur ses conséquences écologiques et sociales. Annie de Larochelambert interroge : "Est-ce que nous voulons nous laisser entraîner par l’essor de l’IA ?"
Impact sur la production d'énergie
Alter Alsace Énergies a recalculé la consommation électrique du data center, estimant qu'elle pourrait atteindre 1 750 GWh par an, au lieu des 1 500 GWh initialement annoncés. Cette surconsommation pourrait priver la population de l’électricité produite par la centrale hydroélectrique d’Ottmarsheim, qui offre une énergie à bas coût et à faible empreinte carbone.
Urbanisation des rives du Rhin
Antoine Waechter, ancien candidat à la présidentielle et président de l’association Paysages d’Alsace, dénonce l’urbanisation des rives du Rhin et souligne que la vente des terrains à Microsoft constitue une rupture avec les pratiques antérieures. Le Port autonome de Strasbourg, qui détient le foncier, ne louait jusqu’ici que ses terrains. Il questionne également la pertinence de vendre 36 hectares à une entreprise qui ne s’engage que sur un bâtiment pour le moment.
Réactions des élus et mobilisation citoyenne
Du côté des élus, certains conseillers de gauche à Mulhouse ont demandé au préfet de suivre les recommandations de la Mrae. Cécile Germain-Ecuer, conseillère régionale écologiste, s’inquiète pour les habitants et le risque de nuisances sur le marché immobilier. Elle plaide pour une prise en compte sérieuse des préoccupations locales lors des décisions concernant le projet.
Une enquête publique limitée dans le temps
Les opposants au projet s’inquiètent de la brièveté de l’enquête publique, qui ne s’étend que sur un mois. Ils craignent que le projet soit déclaré d’intérêt public impératif, ce qui pourrait mener à une construction malgré les avis défavorables de la population. Christian Uhrweiller, vice-président d’Alsace Nature, met en garde contre cette possibilité.
Solidarité transfrontalière
Des écologistes allemands, représentant des associations comme Nabu et Bund, ont montré leur soutien aux opposants alsaciens. Bien que les citoyens de l’autre côté du Rhin ne soient pas encore informés du projet, leur mobilisation pourrait renforcer la contestation. Les mouvements écologistes transfrontaliers ont déjà remporté des victoires sur le Rhin par le passé.

