Publié le vendredi 10 juillet 2026 dans la rubrique Strasbourg
Strasbourg : la flemme du samedi soir remplace la fête
Un samedi soir à Strasbourg, le ciel est dégagé et les terrasses du centre-ville vibrent sous les éclats de rire des fêtards. En ce mois de juin, l'ambiance est propice à la sortie. Pourtant, un message résonne dans le groupe d'amis : « Tu sors ? » La réponse fuse : « Non… la flemme. » Ce constat, partagé par beaucoup, témoigne d'un phénomène de société : la fête devient une exception plutôt qu'une norme.
La flemmingite, une épidémie silencieuse
En 2021, Le Figaro révélait une tendance inquiétante : la « flemmingite » a pris le pas sur la culture festive. Jérémie Peltier, directeur des études à la fondation Jean-Jaurès, souligne que « la société de la fête a cédé sa place à une société de la flemme ». Les chiffres ne mentent pas : le nombre de discothèques a chuté de moitié en quarante ans, et peu d'entre elles ont rouvert après les confinements. Les applications de streaming et les soirées sur canapé séduisent de plus en plus, remplaçant les sorties nocturnes.
Les témoignages de la génération casanière
Pierre, 34 ans, illustre bien ce changement. Ancien fêtard, il avoue avoir une bouteille de schnaps oubliée dans son frigo depuis plusieurs mois. Pour lui, la fête, c'était avant, pendant ses études à l'étranger. Aujourd'hui, il préfère les salles d'escalade aux bars : « J’ai moins d’occasions de faire la fête. » Sa vie professionnelle chargée le pousse à refuser les sorties, mais il n'y voit pas de flemmardise, juste une réorganisation de son emploi du temps.
Ophélie, journaliste indépendante, partage un sentiment similaire. Pour elle, le samedi soir était sacré. Mais, elle constate que ses soirées se terminent plus tôt. « J’ai envie de calme et j’ai de plus en plus de mal à fournir l’effort social nécessaire. » Elle admet que la fatigue, notamment mentale, joue un rôle crucial dans cette évolution. La fête semble perdre de son attrait avec le temps.
Le regard critique de la génération expérimentée
Sophie, 53 ans, évoque la nostalgie de ses jeunes années festives. « Vomir dans un taxi, check. Faire la fête jusqu’au matin, check. » Elle ne souhaite plus revivre ces expériences à l'infini. Pour elle, la fête devient routinière et perd son charme. Elle remarque aussi que l'alcool a longtemps été au centre des soirées, mais sans véritable échange social, cela ne l'intéresse plus.
La transformation des priorités
Mathilde, photographe, était autrefois une habituée des soirées strasbourgeoises. Aujourd'hui, elle préfère passer ses soirées en pyjama à jouer aux Sims. « Je ne ressens plus le besoin de sortir juste pour être vue. » Elle considère que sa vie sociale s’est enrichie autrement, avec des amis à la maison. Cette évolution montre une tendance vers un détachement des attentes sociales liées à la fête.
Une réflexion sur la société actuelle
La flemme est-elle responsable de la baisse de la fête ? Certains experts, comme Gérard Derosière, évoquent un comportement humain naturel : nous pesons les bénéfices d'une sortie par rapport à l'effort demandé. Mathilde, en toute lucidité, affirme que « c’est OK d’avoir la flemme ». Elle considère cela comme une forme d’écoute de soi-même, loin des jugements extérieurs.
Les statistiques montrent une montée des recherches liées à la « flemme » depuis 2004, révélant une société qui commence à accepter cette attitude. Ophélie souligne qu'avouer avoir la flemme devient aussi courant que de parler de problèmes de santé mentale. La fête n'est plus une obligation, mais un choix personnel. Si la flemmingite a pu sembler être le coupable idéal, ce sont peut-être les pressions sociétales et les exigences du capitalisme qui méritent d’être mises en question.


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