Publié le mardi 26 mai 2026 dans la rubrique Suisse
Anne Emery-Torracinta interpelle la Suisse sur son inaction face au génocide rwandais
Anne Emery-Torracinta, ancienne conseillère d’État genevoise, a récemment dénoncé le silence de la Suisse face aux événements tragiques ayant conduit au génocide rwandais. Dans son interview sur La Matinale de la RTS, elle a mis en lumière des faits historiques préoccupants qui appellent à une réflexion sur le rôle de la Suisse dans ce contexte.
Une passivité historique face aux massacres
Dans son ouvrage titré "Dans l’ombre du génocide des Tutsi", l'autrice dévoile une Suisse qui a, au fil des décennies, fermé les yeux sur les signes annonciateurs de la violence. Dès 1963, la Suisse a commencé sa coopération au développement avec le Rwanda, ignorant les premiers massacres de Tutsi qui avaient eu lieu à cette époque. Emery-Torracinta souligne que les persécutions et la radicatisation du régime hutu au pouvoir étaient bien documentées, ce qui rend la passivité de Berne encore plus frappante.
Des acteurs et des alertes ignorées
Malgré les alertes lancées par des coopérants et autres acteurs de la société civile sur place, les autorités suisses sont restées sourdes. Ces constats font ressortir une dichotomie entre les actions de la "Suisse officielle" et les initiatives individuelles de ceux qui ont tenté de sensibiliser sur la gravité de la situation. Emery-Torracinta met en avant le rôle de certains responsables, de la coopération et des enseignants, qui se sont heurtés à l'indifférence des instances gouvernementales.
Influence des acteurs proches du régime rwandais
L'ancienne conseillère d'État n'hésite pas à critiquer le rôle d'individus comme l'archevêque valaisan André Perraudin, dont l’influence sur les décisions de la coopération suisse était significative. Elle évoque aussi Charles Jeanneret, un conseiller suisse qui a travaillé directement avec le président rwandais. Bien qu'elle ne l'accuse pas de complicité, elle pense qu'il a contribué à l'aveuglement des autorités helvétiques en rédigeant des discours et en jouant un rôle diplomatique au-delà de sa fonction officielle.
Un héritage à questionner
Trente ans après le génocide, Emery-Torracinta exprime son inquiétude face au manque d'apprentissage des leçons du passé par la Suisse. Elle évoque une tendance à ignorer les vérités dérangeantes au lieu de les confronter. Pour elle, il est clair que la Suisse, bien qu'elle ait agi avec certaines bonnes intentions, a failli dans sa responsabilité morale.
Réflexions contemporaines et parallèles
En abordant le lien entre le passé et l'actualité, l'historienne élargit son propos à des crises contemporaines, notamment celle à Gaza. Elle y voit une récurrence des comportements passifs avec lesquels la Suisse répond aux conflits internationaux. Sa critique souligne que de nombreux États, comme la Suisse, semblent encore se distancer de l'engagement nécessaire face aux crises humanitaires.

