Publié le samedi 03 octobre 2026 dans la rubrique Suisse
De l'université à la ferme: le parcours du combattant d'un nouveau paysan
À Lausanne, Léonard, fils de médecins, a suivi un parcours atypique. Diplômé de HEC à seulement 23 ans, il a longtemps joué le jeu des attentes familiales. "J'ai longtemps fait semblant pour appartenir à là d'où je viens", confie-t-il. Pourtant, ses proches n’ont jamais imaginé qu'il évoluerait dans le monde des affaires. Sa mère, dans un documentaire, souligne sa surprise face à un futur dans une banque privée à Genève.
Un tournant décisif vers l'agriculture
Tout change durant sa troisième année de bachelor. Léonard prend conscience des crises climatiques et sociales qui secouent notre époque. En quête d'une alternative à son parcours initial, il s'engage comme travailleur social à la Soupe populaire de Lausanne. Dans le même temps, il explore le secteur agricole en réalisant plusieurs stages. L'agriculture lui apparaît alors comme une voie pleine de sens, où produire localement et renouer avec le vivant devient une priorité.
La réalité du métier de paysan
Pour se former, Léonard intègre un CFC dans une ferme vaudoise. Ses journées commencent dès 4h00 du matin, rythmées par la traite et les soins aux animaux. Ce changement de vie exige une remise en question profonde, qu’il partage avec sincérité dans un documentaire co-réalisé par Alexia Tissières et Mathilde Vandaele. Au fil de son apprentissage, il navigue entre ses idéaux et les réalités du terrain.
Les défis du marché foncier
Lorsqu'il souhaite reprendre une ferme, Léonard se heurte à la dure réalité du marché foncier agricole. "Tout est fait pour qu'il ne soit pas possible à des personnes ne venant pas de familles agricoles d'acheter du terrain agricole et des fermes", explique Yvan Droz, professeur d'anthropologie rurale. La Loi fédérale sur le droit foncier rural (LDFR) crée une disparité : les enfants d'agriculteurs peuvent acquérir la ferme familiale à un prix bien inférieur à celui du marché, tandis qu'un acheteur externe doit faire face à des coûts exorbitants.
Une opportunité en Ajoie
Léonard parvient finalement à trouver une ferme à Ajoie, dans le canton du Jura. Il s'associe avec Eva et Marcus, un couple d'agriculteurs proches de la retraite, dont les enfants ne souhaitent pas reprendre l'exploitation. Après des rebondissements émotionnels liés aux hésitations des héritiers, la vente se concrétise. Cet aboutissement est l'exception plutôt que la règle, soulignant les difficultés rencontrées par ceux qui souhaitent s'installer sans lien familial.
Une crise agricole à l'horizon
Le problème de la transmission des exploitations agricoles dépasse le simple parcours de Léonard. En cinquante ans, près de la moitié des fermes ont disparu en Suisse, et la taille moyenne des exploitations restantes a doublé. D’ici 2040, la moitié des agriculteurs prendront leur retraite, et un tiers d'entre eux n'ont pas de relève au sein de leur famille. Les terres abandonnées sont souvent utilisées pour agrandir des exploitations voisines, accentuant ainsi la crise de l'agriculture familiale.
Un avenir à redéfinir
Face à cette réalité préoccupante, une nouvelle génération de paysans émerge. Ils souhaitent freiner le modèle d'expansion et d'industrialisation qui domine le secteur. Léonard et ses pairs, porteurs de diverses visions agronomiques et écologiques, s'affirment comme des acteurs essentiels dans la préservation des petites et moyennes fermes. "Il y a de moins en moins de paysans dans nos villages et, un jour, il va bien falloir que ça s’arrête", conclut Léonard, déterminé à jouer son rôle dans cette relève agricole.


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