Publication le 16 juin 2026 · Mis à jour le samedi 20 juin 2026 dans la rubrique Suisse
Primes maladie en hausse : des salaires exorbitants dans la radiologie en Suisse romande
Les primes maladie explosent, et une partie de cet argent finance des salaires astronomiques dans le secteur de la radiologie. Des documents internes piratés dévoilent l'ampleur du phénomène. En Suisse romande, le leader du marché, le groupe 3R, verserait à ses médecins salariés des rémunérations annuelles qui oscillent entre 300 000 et 360 000 francs bruts. Les chefs de site, eux, perçoivent 60 000 francs supplémentaires, faisant grimper la note jusqu'à 420 000 francs. Mais ces chiffres ne sont qu'un aperçu. D'autres cabinets, scrutés par le groupe lui-même dans sa stratégie de rachat, affichent des salaires encore plus élevés.
Des rémunérations à six chiffres qui interrogent
Les données révélées par des hackers fin avril puis transmises à un média donnent une radioscopie inédite du secteur. Elles couvrent la politique salariale, les comptes et les décisions stratégiques du groupe 3R, mais aussi la comptabilité d'une dizaine d'autres structures. Résultat : la radiologie est une machine à cash. Les médecins ne sont pas des indépendants ayant investi dans leurs propres cabinets. Ils sont salariés, le groupe possède les locaux et les équipements coûteux. Pourtant, leur rémunération de base dépasse systématiquement les 300 000 francs pour un plein-temps.
Et ce n'est pas tout. Des bonus et gratifications viennent s'ajouter. Certains responsables de site perçoivent 480 000 francs, voire 613 000 francs. Un spécialiste en cardiologie, lui, est rémunéré sur la base de 560 000 francs annuels. Deux autres praticiens, payés principalement au chiffre d'affaires, atteignent 400 000 francs. Ces montants dépassent largement les salaires des conseillers fédéraux ou des ministres. La question politique est simple : jusqu'où les primes obligatoires financent-elles l'enrichissement d'actionnaires et de médecins salariés ?
Le modèle économique est clair. D'après un document interne, 90 % des revenus du groupe 3R proviennent de l'assurance maladie obligatoire (LAMal), et 10 % de l'assurance accident. Les primes versées par chaque assuré alimentent directement ces salaires. Pourtant, ces pratiques ne sont pas illégales. Les salaires des médecins et les bénéfices des cabinets ne sont soumis à aucune régulation.
Un leader romand et ses concurrents sous la loupe
Le groupe 3R, qui emploie une soixantaine de radiologues répartis dans une vingtaine de cabinets, fait figure de cas d'école. Mais il n'est pas un cas isolé. Les documents piratés incluent aussi les finances de cabinets concurrents, petits ou moyens. En se documentant sur la situation financière de ses rivaux, le groupe a mis au jour un constat implacable : la rentabilité est généralisée. Dans la majorité des centres analysés, les rémunérations de base des radiologues grimpent au minimum à 300 000 francs bruts par an.
Ce n'est pas une exception romande. Le secteur tout entier vit sur un modèle qui use du système de santé public comme d'un distributeur automatique de billets. Chaque acte médical, chaque imagerie, chaque consultation se facture à l'assurance de base. Les primes augmentent, mais les gains des radiologues aussi. Le groupe 3R, par sa taille et sa stratégie de rachat, symbolise cette mécanique. Il a accumulé des données sur ses concurrents pour préparer ses acquisitions, révélant au passage l'opacité du système.
Que disent les autorités ? L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) a répondu sans ambages : les salaires des médecins ne relèvent pas de sa compétence. Aucune réglementation fédérale ne limite ces rémunérations. Les primes augmentent, mais la porte reste ouverte.
Ces révélations surviennent alors que le débat sur la maîtrise des coûts de la santé enfle. Les assurés paient chaque mois des primes toujours plus lourdes. Une partie de cet argent part dans des salaires que peu de contribuables peuvent imaginer. Les données piratées ne disent pas si ces rémunérations sont justes ou excessives. Elles montrent simplement que le système le permet.


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