Publié le vendredi 05 juin 2026 dans la rubrique Suisse
Suisse : 150 000 usagers de cocaïne, un chiffre alarmant
Lausanne – Frank Zobel, directeur adjoint d’Addiction Suisse, a livré un constat alarmant sur la consommation de cocaïne. Selon lui, le pays compterait environ 150 000 usagers réguliers ou occasionnels, soit deux fois et demie plus que les 60 000 recensés par les enquêtes officielles en population générale.
Pourquoi les chiffres officiels sous-estiment la réalité
Cette différence colossale repose sur les limites des sondages téléphoniques. Ces enquêtes n’atteignent pas toute la population et se heurtent au tabou qui entoure les substances illégales. « Les gens n’osent pas forcément dire qu’ils en prennent », a expliqué Frank Zobel vendredi dans La Matinale.
En réalité, près de 3 % de la population suisse consommerait de la cocaïne, contre 1 % estimé auparavant. « Vous avez des gens qui consomment toute la journée et d’autres qui consomment juste occasionnellement le week-end », précise le chercheur. Le profil des usagers couvre toute la gamme des fréquences.
Des eaux usées aux hôpitaux : le croisement des indicateurs
Pour affiner ces projections, Addiction Suisse combine plusieurs sources. L’organisation analyse les eaux usées, qui révèlent des différences marquées entre la semaine et le week-end. Elle recense aussi les personnes arrivant en traitement ou dans les hôpitaux, ainsi que les enquêtes menées dans des sous-populations spécifiques.
« C’est toujours difficile avec un phénomène illégal de savoir qui exactement a ce comportement », reconnaît l’expert. Mais la convergence de ces données dessine une tendance nette : la consommation a explosé.
Offre et demande : les ressorts d’une hausse spectaculaire
Frank Zobel rappelle que la Suisse n’est pas un cas isolé. La France, l’Allemagne et d’autres pays connaissent la même évolution. Le phénomène résulte, dit-il, de « la rencontre entre une offre et une demande ».
Du côté de l’offre, la production colombienne a bondi, entraînant des arrivages massifs en Europe. Conséquence directe : la pureté augmente et les prix s’effondrent. « Le prix de la cocaïne pure dans les rues à Lausanne a probablement été divisé par quatre ces dix dernières années, alors qu’avec tous les autres biens, les prix augmentaient », souligne Zobel. Un paradoxe économique qui rend la drogue accessible.
Mais la demande a aussi changé. « C’est un peu la drogue de l’époque. C’est la petite copine du capitalisme », analyse-t-il. « Celle qui vous fait travailler plus longtemps, faire la fête plus longtemps, celle qui fait de vous un superman ou une superwoman. » La cocaïne promet de l’énergie, de la créativité, de l’endurance. Derrière ces promesses, une réalité sombre.
Une drogue « sournoise » aux dégâts multiples
« C’est peut-être la plus sournoise de toutes les drogues », alerte Frank Zobel. Les effets agréables masquent des risques graves. La substance est mauvaise pour le cœur, pour la santé psychique et pour le système neurologique. Combinée à l’alcool, elle crée une molécule toxique pour le foie. « C’est une sale drogue », résume-t-il.
Son usage touche désormais des segments de population beaucoup plus larges. Autrefois drogue chère et difficile à obtenir, elle est aujourd’hui accessible à toutes les classes sociales. « Vous avez des milieux de classes sociales élevées et basses qui consomment », observe le spécialiste. Des personnes parfaitement intégrées, avec un travail, des responsabilités, une famille.
Restauration, BTP, arts : les métiers où la cocaïne s’installe
Certains environnements professionnels sont concernés. Addiction Suisse identifie les secteurs masculins, avec de longues heures de travail et une culture de groupe forte. La restauration et la préparation des aliments arrivent en tête, suivies par la construction, le transport, les arts et les divertissements.
Au-delà des métiers, des profils individuels présentent des risques accrus : les amateurs de sensations fortes et les personnes souffrant de troubles de l’attention. Un éventail qui rend la prévention d’autant plus complexe.

