Publié le jeudi 18 juin 2026 dans la rubrique Suisse
Un collectif d'anciens ministres suisses presse Berne d'accueillir des enfants blessés de Gaza
Depuis Annemasse (Haute-Savoie), aux portes de Genève, un collectif de plus de 600 personnalités suisses presse le gouvernement fédéral d’agir. Leur requête : accueillir dans les hôpitaux helvétiques des blessés de Gaza, en particulier des enfants, alors que la bande de Gaza sombre dans une crise humanitaire sans précédent.
Un collectif d’anciens ministres interpelle Berne
Parmi les signataires figurent trois anciens conseillers fédéraux : Micheline Calmy-Rey, Ruth Dreifuss et Joseph Deiss. Jeudi, dans l’émission Forum, Ruth Dreifuss a relancé l’appel. « Nous demandons un acte humanitaire : recevoir en Suisse, dans nos hôpitaux, des personnes qui ne peuvent pas être soignées à Gaza », a-t-elle déclaré. Les signataires se disent consternés par la situation de la population gazaouie. La faim, la soif et l’absence de soins médicaux infligent des souffrances massives aux civils, aux plus vulnérables en premier lieu.
Gaza, une catastrophe sanitaire sans précédent
Les infrastructures médicales de l’enclave palestinienne ne suffisent plus. Selon l’ancienne présidente de la Confédération, l’effondrement du système de santé rend impossible la prise en charge de la population. Un précédent appel avait déjà permis d’amener vingt enfants blessés ou malades en Suisse, accompagnés de leurs proches. « Les retours sont positifs. Ils ont reçu les soins dont ils avaient besoin », a souligné Ruth Dreifuss. Un accueil qui a fait ses preuves, mais qui reste insuffisant face à l’ampleur des besoins.
Pression politique et sanctions : la Suisse en première ligne
Les signataires ne se limitent pas à une demande humanitaire. Ils réclament une action politique déterminée. « Il faut faire pression sur Israël pour que cesse l’enfermement de cette population, pour qu’elle ait accès aux soins et que les biens de première nécessité puissent entrer » dans la bande de Gaza, a affirmé Ruth Dreifuss. Interrogée sur les moyens de Berne, elle a rappelé les relations historiques entre la Suisse et Israël : un partenariat économique, culturel, scientifique, et même militaire. Cette proximité, selon elle, confère à la Suisse une responsabilité particulière et des leviers d’action concrets.
Quant à d’éventuelles sanctions contre Israël, à l’image de celles adoptées contre la Russie, Ruth Dreifuss a répondu par l’affirmative. « Dans certains cas, nous devons nous associer aux sanctions prises par d’autres États », a-t-elle estimé. Elle a également appelé à empêcher tout contournement de ces mesures. Un signal fort, qui place la neutralité helvétique face à ses contradictions.
Une mobilisation inégale, mais une détermination intacte
L’ancienne conseillère fédérale a reconnu un contraste entre les régions linguistiques suisses. La mobilisation semble moins forte en Suisse alémanique qu’en Suisse romande. Elle y voit l’influence de la relation particulière entre l’Allemagne et Israël, liée à l’histoire. « La crainte existe que l’antisémitisme soit confondu avec la critique justifiée d’actions qui relèvent de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité », a-t-elle déclaré. Un frein à l’engagement, mais pas un obstacle définitif.
Le Conseil fédéral n’a pas encore répondu officiellement à ce nouvel appel. Mais les initiants ne comptent pas s’arrêter là. « Nous répéterons ces actions aussi souvent qu’il le faudra », a promis Ruth Dreifuss. La Suisse, dit-elle, doit mener une politique conforme à ses engagements en matière de droit international humanitaire. Reste à savoir si Berne entendra cet appel, venu de ses propres figures historiques.


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