Publié le vendredi 03 juillet 2026 dans la rubrique Toulouse
Toulouse : le quartier Bonnefoy se métamorphose sous les pelleteuses
À Toulouse (Haute-Garonne), le quartier de la gare Matabiau amorce une transformation radicale. En lisière de la gare, les pelleteuses effacent les dernières traces d'un habitat ancien pour laisser place au projet urbain Grand Matabiau Quai d'Oc, programmé autour de l'arrivée de la ligne C du métro et de la LGV.
Un projet d'envergure pour la Toulouse de demain
Ce vaste chantier s'étend du Raisin, future station de métro, jusqu'à Marengo où trône la Tour Occitanie. L'horizon 2035 prévoit la construction de 3 000 logements, 30 000 m² de commerces et 200 000 m² de bureaux. Quatre hectares d'espaces verts, une crèche, une école et un gymnase complètent le programme.
De l'autre côté des voies ferrées, l'avenue de Lyon, rebaptisée Olivier-Guichard, a déjà perdu ses bâtiments vétustes de briques rouges il y a quelques années. Entre 2020 et 2024, quarante-quatre immeubles rachetés par l'établissement foncier de la Métropole sont tombés. Un rythme soutenu qui annonce la densité du renouveau.
Rue du Faubourg-Bonnefoy, la pelleteuse a parlé
Aujourd'hui, les démolitions se poursuivent rue du Faubourg-Bonnefoy, une fois passé sous le pont. Dix immeubles sont sur la liste dans l'îlot formé par la rue des Cheminots et la rue Saint-Laurent. Depuis dix jours, une pelleteuse s'attaque au vaste bâtiment du début de la rue, fermé depuis des années et qui abritait un magasin Speedy au rez-de-chaussée. Fin juillet, il ne restera rien de ces deux étages, aujourd'hui complètement éventrés.
Jean-Claude, 66 ans, est né rue des Cheminots et vit toujours à Bonnefoy. Il garde un souvenir précis de ces murs. Jusque dans les années 1960, ils logeaient le magasin alimentaire Mona, où travaillait sa mère. "À 6 h 30 le matin, en partant travailler, elle nous laissait avec mon frère devant l'école des garçons", l'élémentaire Bonnefoy aujourd'hui. Ce piéton de Toulouse - il va à la piscine Castex à pied - ne verse pas dans la nostalgie. Voir ces murs disparaître lui fait "drôle", mais il n'est pas contre, "au contraire". "C'est pour du mieux j'espère." Son seul regret : la portion congrue faite aux piétons, ici comme ailleurs.
Des avis contrastés sur le renouveau du quartier
Françoise, 87 ans, habite une barre du boulevard des Minimes, au bord du canal. Elle ne voit pas d'un mauvais œil cette transformation, surtout si elle apporte "des plantations". Elle fait ses courses faubourg Bonnefoy et s'inquiète plutôt "des petits commerces qui ferment" et du "point de deal" du secteur de la rue des Jumeaux.
Jérémie, lui, a fait le pari inverse. Il y a deux ans, il a ouvert Casa Nostra au 5, rue du Faubourg-Bonnefoy. Ce concept store streetwear et relooking fait face au bâtiment en cours de destruction. Un choix délibéré, "après une étude de marché", porté par un loyer plus bas qu'ailleurs, la proximité avec son logement à Borderouge, et la certitude que le renouveau du quartier "va nous avantager".
Laurie, habitante de Bonnefoy depuis deux ans, a créé un collectif pour favoriser le lien dans le quartier. Elle ne se prononce pas sur les constructions mais espère "qu'elles ne feront pas trop monter le prix de l'immobilier" et qu'il restera "des espaces pour se retrouver", comme le jardin Michelet. Thomas redoute, lui, plus clairement "une gentrification" du secteur. Le chantier de demain suscite autant d'espoirs que de craintes chez ceux qui vivent déjà là.


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