Publié le mercredi 01 juillet 2026 dans la rubrique Bordeaux
Blanquefort et Saint-Louis-de-Montferrand attaquent en justice le projet d'usine EMME
À Blanquefort, en Gironde, la maire Véronique Ferreira a officialisé ce mardi 30 juin une offensive judiciaire contre le projet d’usine EMME, implanté en partie sur sa commune et celle de Parempuyre. Avec la mairie de Saint-Louis-de-Montferrand, l’association Sepanso Gironde et des riverains, elle attaque les arrêtés préfectoraux qui autorisent l’installation de cette unité de production de sulfates de nickel et de cobalt, destinée aux batteries électriques et à l’armement. Trois procédures sont déjà déposées au tribunal administratif de Bordeaux.
Trois recours pour stopper le chantier
Les requêtes visent deux arrêtés : l’un modifiant le plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI), une compétence que l’État s’est attribuée via la procédure d’intérêt national majeur ; l’autre accordant le permis de construire à EMME, société privée bénéficiant de 200 millions d’euros de crédits d’impôt. En parallèle, un référé-suspension cible ce permis. Objectif : empêcher le démarrage du chantier, annoncé comme imminent. « Une décision favorable rapide, début juillet, couperait l’herbe sous le pied au projet », estime Véronique Ferreira, qui rappelle que l’entreprise prévoit fouilles archéologiques et remblayage du site.
Une implantation contestée en zone humide et inondable
La maire de Blanquefort ne s’oppose pas à l’industrie elle-même. « Je n’ai pas peur du mot Seveso », assure-t-elle. Le problème, insiste-t-elle, c’est le lieu : une zone humide et inondable. EMME compte y édifier un remblai de 500 000 mètres cubes de terre, haut de 5,50 mètres, sur 17,5 hectares. « Une solution d’un autre temps, qui transforme excessivement le paysage. »
Saint-Louis-de-Montferrand (2 066 habitants), à 800 mètres de l’usine sur la rive droite de la Garonne, subit déjà des inondations régulières. Delphine Sicet, première adjointe déléguée aux risques, rappelle les 180 000 euros de dégâts dans l’école et le gymnase l’hiver dernier, et une personne sauvée de la noyade. « Cette usine aggraverait le risque inondation. Notre commune est classée en zone extrême danger en Gironde. Le remblai détruirait une zone d’expansion des crues et fragiliserait nos digues, dont les travaux ne débuteront qu’en 2030 au mieux. »
Des études insuffisantes et des pressions de l’État
Malgré des demandes répétées, aucune étude indépendante des risques d’inondation n’a été produite pour Saint-Louis-de-Montferrand. Le rapport Artelia, commandé par EMME, n’a pas pris en compte l’impact sur la commune, selon l’élue. Bordeaux Métropole avait également réclamé un délai pour examiner la modification du PLUI après les municipales, sans obtenir gain de cause.
Véronique Ferreira dénonce les « pressions de l’État ». L’enquête publique, programmée du 15 décembre au 15 janvier, a placé la Métropole dans l’impossibilité de traiter le dossier. « Cela montre une volonté d’imposer ce site sans solliciter les élus locaux. À l’heure où la décentralisation revient à la mode, cela interroge. » La maire pointe aussi une inégalité de traitement : sur les anciens terrains Ford à Blanquefort, déjà artificialisés, les exigences de compensation écologique sont identiques à celles imposées pour Grattequina, pourtant encore à l’état naturel.
Un projet en contradiction avec les règles d’urbanisme
Olivier Chambord, avocat des requérants, parle d’« aberration totale ». Selon lui, les services de l’État ne fonctionnent pas normalement et n’ont pas la réserve nécessaire. La modification du PLUI va à l’encontre du Scot bioclimatique, qui classe Grattequina comme espace naturel agricole et forestier exposé au risque d’inondation fluvio-maritime et zone humide riche en biodiversité. Le nouveau PLUI transforme le site en zone urbanisable pour des activités industrielles liées au port, un lien qui n’a rien d’évident selon les opposants.
D’autres recours en cours et à venir
Ces procédures s’ajoutent à celles déjà engagées par la Sepanso contre le décret qualifiant EMME d’intérêt national majeur, et par la mairie de Parempuyre contre les raccordements électriques. Le Conseil d’État et le tribunal administratif de Bordeaux devront se prononcer dans les mois à venir. Un autre recours contre l’autorisation environnementale, attendue après le 1er juillet, sera lancé. Un décret contesté réduit alors les délais de traitement et transfère le contentieux directement en cour d’appel.
Florence Bougault, de la Sepanso, reste confiante : « On ne peut pas mettre en danger la vie humaine et la biodiversité. C’est une rupture complète d’un corridor écologique où vivent loutres, visons et crapauds, dans le parc des Jalles où la Métropole a investi des millions. Avec 1,5 million de tonnes de sulfates de nickel traités sur 50 ans, un seul container dans l’eau serait une catastrophe impossible à arrêter. La raison doit l’emporter. » Maître Chambord rappelle que les juridictions ont déjà sanctionné des projets aux études insuffisantes ou aux élus mal traités. Ceux de Blanquefort et Saint-Louis-de-Montferrand, selon lui, entrent dans cette catégorie.


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