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Publié le dimanche 05 juillet 2026 dans la rubrique Bordeaux

Mobilisation à Bordeaux contre les violences faites aux enfants

À Bordeaux, un millier de manifestants se sont mobilisés pour dénoncer les violences faites aux enfants et appeler à des mesures concrètes.

Ce samedi 4 juillet, place de la Victoire à Bordeaux (Gironde), un millier de manifestants ont défilé contre les violences faites aux enfants. Sifflets, pancartes et batucada ont rythmé cette marche citoyenne, inscrite dans une journée nationale qui a mobilisé 110 villes de France.

« 160 000 enfants, où êtes-vous ? »

Le cri a traversé le cortège : « 160 000 enfants, où êtes-vous ? » Un chiffre repris en chœur, brandi sur les pancartes. Il représente le nombre annuel de victimes de violences sexuelles en France, selon les organisateurs. La foule interpelle le gouvernement, exigeant des mesures concrètes.

À l’origine de cette mobilisation, l’association Mouv’Enfants. Sa prise de parole a mis en lumière la peur des victimes : « La peur de ne pas être cru. La peur de mal raconter, de se tromper dans une date, un détail, et que ce détail serve à douter d’eux. » Un appel à se mettre à la place des enfants, à comprendre leur angoisse.

L’adultisme, un système dénoncé

Caroline Fabre, co-référente du collectif Enfantiste 33, a replacé cette lutte dans un cadre plus large. Elle a dénoncé « l’adultisme », un système de domination qui, selon elle, organise le silence des enfants et minimise leur souffrance. Être « enfant handicapé, précaire, non-blanc, adopté, LGBTQIA+, mineur non accompagné » multiplie les risques, a-t-elle souligné.

Le collectif revendique le terme « enfantiste », en opposition à ce pouvoir exercé par les adultes. Les associations exigent la création d’un ministère de l’enfance et un budget dédié, « à la hauteur des besoins en complément aux 3 milliards nécessaires à la lutte contre les violences faites aux femmes ». Elles réclament aussi l’application d’une loi-cadre intégrale, pour que « les violences subies pendant l’enfance cessent d’alimenter toutes les autres ».

Parcours de victimes : Julie et Thomas

Julie, 38 ans, éducatrice spécialisée et mère de deux enfants, a défilé avec une histoire lourde. Victime de violences sexuelles au collège, puis par des amis de la famille, puis par un conjoint, elle a longtemps cru que c’était normal. « J’ai été élevée à être une petite fille docile », confie-t-elle. Elle n’a jamais porté plainte. « Je suis encore fragile, malgré un travail thérapeutique, et je sais que ça ne servirait à rien. »

Aujourd’hui, son combat est ailleurs. Elle veut créer un espace de parole pour ses enfants de 6 et 7 ans. « Ma plus grande peur depuis qu’ils sont nés, c’est qu’ils en soient victimes aussi », lâche-t-elle.

Thomas, 43 ans, faisait partie des quelques hommes du cortège. Lui aussi a subi des violences sexuelles. Il a porté plainte, classée sans suite. Il salue la convergence des luttes contre les vulnérabilités, et déplore l’absence de politiques publiques : « La violence est le sujet politique par excellence. Notre culture a avalisé des systèmes de domination. »

Rubans blancs et messages d’enfants

À l’arrivée devant le tribunal judiciaire de Bordeaux, une corde a été tendue sous les arbres. Des rubans blancs y ont été accrochés, certains portant des messages. Les enfants ont dessiné sur des morceaux de tissu. Louna, 7 ans, a écrit : « Protégez-nous. Pas le droit de prendre [la vie] des enfants, jamais de la vie. » Venue avec sa maman, elle résume : « Je manifeste pour les droits des enfants. Il ne faut pas les tuer ou leur faire du mal. »

Les associations invitent à continuer tout l’été : accrocher un ruban marqué d’un message. L’objectif : réunir 160 000 rubans, un pour chaque victime recensée chaque année.

Une mobilisation qui se poursuit

L’onde de choc provoquée par le viol et l’assassinat de Lyhanna a donné une force nouvelle au combat pour la loi-cadre intégrale, porté depuis fin 2024. Le texte vise à agir à chaque étape : prévention, réponse judiciaire, accompagnement des victimes.

La veille du rassemblement, Mouv’Enfants a rencontré Alexandra Martin, députée de la Gironde, pour faire avancer la proposition de loi. Le plaidoyer continue, au-delà de la marche, pour que les violences faites aux enfants cessent d’être une impunité.


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