Publié le vendredi 24 juillet 2026 dans la rubrique Bordeaux
TEMOIGNAGES. "On se demande si ce n'est pas la fin du monde" : en Gironde, les évacués de l'incendie du Cap-Ferret témoignent de scènes "impressionnantes, limite apocalyptiques"
Des flammes, une seule route et 40 000 personnes à mettre à l'abri. Depuis vendredi 24 juillet au petit matin, la presqu’île du Cap-Ferret, en Gironde, vit une évacuation massive. Face au plus gros incendie de la saison, les habitants et vacanciers témoignent de scènes qu’ils n’avaient jamais imaginées.
« C’est anxiogène au possible » : le récit de Virginie, ostréicultrice à Piraillan
Virginie tient la Cabane 24, un établissement ostréicole à Piraillan. Elle a préparé son bateau. « Tout est bouché ! Tout est bouché, jusqu’au Ferret », lance-t-elle. Elle ne sait pas si les gens pourront sortir. Elle quitte tout : son travail, sa maison. « On se demande si ce n’est pas la fin du monde », confie-t-elle. La lueur rouge de l’incendie au loin, les voitures pare-chocs contre pare-chocs sur plusieurs kilomètres en pleine nuit. Des images qui marquent.
L’évacuation se fait progressivement, village après village, de Claouey jusqu’à la pointe du Cap-Ferret. La préfète de la Gironde a donné l’ordre. Près de 20 000 personnes avaient déjà été évacuées préventivement depuis le début de l’incendie mercredi. Il n’y a aucune victime à déplorer, mais 80 maisons ont brûlé, dont une cinquantaine détruites, selon le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Il parle de « plus de 10 000 hectares parcourus ».
« C’est arrivé tellement vite ! » : un habitant du Cap-Ferret décrit l’avancée du feu
L’incendie est parti de Saumos, un secteur relativement éloigné. Mais les vents ont tourné. « On n’aurait jamais imaginé que ça viendrait à nous aussi vite », témoigne un résident. Le feu fait presque la taille de la presqu’île, selon lui. Les fumées se dégagent, les images sont « impressionnantes, limites apocalyptiques ». Il raconte des scènes à peine croyables.
Jean, lui, a vu les flammes depuis sa voiture. « Quand on est passé sur la route au niveau d’Arès, vous avez le feu à 200 mètres de la voie. Et on n’a qu’un accès ! » Il fallait vite prendre la décision de faire passer les gens tant que la route était ouverte. Il salue le travail des autorités. « Mes arrière-grands-parents me disaient que si ça arrivait, ils s’en sortiraient avec leurs bateaux. Mais avec une seule route, il fallait bien gérer. Je trouve qu’ils ont bien géré l’afflux, village par village. On parle de 80 à 100 000 personnes à évacuer… »
« Il va y avoir de la colère » : Pascal estime que l’évacuation aurait dû être déclenchée plus tôt
Pascal, lui, ne cache pas son agacement. « Ils auraient dû le faire hier. Il y a un temps de retard. Rien n’a été fait depuis des années. On n’a pas su tirer les leçons de l’incendie d’il y a quatre ans », assène-t-il. La colère monte. Beaucoup estiment que la situation aurait pu être anticipée.
De l’autre côté, Jean et sa femme, handicapée, se préparaient à prendre la route. Ils ont reçu l’ordre d’évacuation vers 5 heures du matin. « On s’est préparé, on a fermé la maison, on a pris un bon petit déjeuner, et puis on part sur Bordeaux. Mes voisins sont partis il y a un petit quart d’heure, il n’y a pas de panique. Il y a les gendarmes, les pompiers… On sait que la D106 est ouverte. Si elle se ferme, on sera évacués par voie maritime. On a déjà fait des exercices l’année dernière, on est préparés », assure-t-il. Il ajoute : « On savait qu’un jour ça arriverait, mais on ne pensait pas que ça serait aujourd’hui. » La presqu’île fait 12 000 hectares, dont 10 000 de forêt. « Ce serait dramatique si la forêt brûlait », conclut-il.
À Arcachon, la solidarité s’organise par voie maritime
De l’autre côté du bassin, la solidarité se met en place. L’Union des bateliers appelle tous les propriétaires de bateaux, les pêcheurs, les ostréiculteurs à se tenir prêts. Xavier, ostréiculteur, a récupéré son bateau : « On attend sur la plage qu’il y ait des consignes pour évacuer par voie maritime ou pas. »
La presqu’île du Cap-Ferret n’a qu’une seule route d’accès. Ce vendredi, elle était saturée. La nuit tombée, les voitures roulaient pare-chocs contre pare-chocs sur plusieurs kilomètres. Au loin, la lueur rouge de l’incendie rappelait l’urgence. Les évacués débarquent par bateaux à Arcachon, comme ces vacanciers arrivés en milieu de journée. Les pompiers restent mobilisés. Le feu continue de progresser.


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