Publié le dimanche 19 juillet 2026 dans la rubrique Marseille
Marseille déploie des médiateurs sur les plages pour lutter contre le harcèlement sexuel
À Marseille (Bouches-du-Rhône), les plages sont prises d'assaut chaque été. Face à un phénomène qui gâche la baignade de nombreuses femmes, la ville a déployé un dispositif inédit : des médiateurs sur le sable, appuyés par une application mobile. L'objectif : repérer et stopper le harcèlement sexuel avant qu'il ne dégénère.
“Safer Plages” : des médiateurs en première ligne
Angèle Haury fait partie de l'équipe “Safer Plages”. Avec ses collègues, elle arpente le sable marseillais en plein été. Leur mission : sensibiliser les vacanciers aux comportements qui posent problème. “Si vous êtes victime ou témoin d'une situation qui vous met en inconfort, ça peut aller du regard insistant à la drague lourde, au rapprochement de serviettes”, détaille la jeune femme. Les médiateurs interviennent directement, sans attendre qu'une plainte soit déposée.
Leur présence sur les plages répond à une réalité : le harcèlement y est fréquent, mais rarement dénoncé sur le moment. Les équipes sont formées pour repérer les signes avant-coureurs et agir en douceur, sans stigmatiser les victimes.
Des femmes témoignent : regards, remarques, agressions
Les vacancières croisées sur les plages confirment l'ampleur du problème. “Les regards arrivent à la plupart des femmes, malheureusement”, souffle l'une d'elles. Une autre précise : “On se sent mal à l'aise, on se sent gênées. Presque un peu de notre faute : on se dit qu'on est en maillot de bain, que c'est peut-être à cause de nous. Mais pas du tout.”
Les témoignages s'accumulent. Une troisième femme évoque “des remarques vulgaires”, souvent de personnes plus âgées envers des femmes plus jeunes. On se dit que ce n’est pas normal. Une autre confie : “Quelques regards insistants, quand tu es toute seule et que tu te changes, ça peut être compliqué.” Plus inquiétant encore, une habituée de la plage raconte : “Il y a [des agressions] depuis des années. Il y a déjà eu des agressions sexuelles dans l'eau. Des choses graves.”
Le malaise est palpable. Les femmes interrogées disent subir ces comportements en silence, faute de savoir vers qui se tourner sur le moment.
Une application pour alerter sans se dévoiler
Pour renforcer l'efficacité des patrouilles humaines, la ville de Marseille a mis en ligne une application mobile. Victoire Mandement, responsable médiatrice pour “Safer Plages”, en explique le principe : “On a juste à presser un bouton. C'est anonyme, c'est gratuit. 'Demander de l'aide'. De là, on peut rentrer le niveau de gravité : 'Je suis gênée', 'je suis harcelée', 'je suis en danger'.”
L'alerte part directement sur le téléphone des médiateurs. “Nous recevons une notification et la géolocalisation de la personne”, ajoute Victoire Mandement. Le système permet une intervention rapide, sans que la victime ait à parler à voix haute ou à chercher du regard un secours. Si la situation l'exige, les médiateurs peuvent solliciter les forces de l'ordre.
Bilan de l'été 2025 : près de 200 interventions
Le dispositif fait ses preuves. Durant l'été 2025, près de 200 situations de violences sexistes et sexuelles ont été prises en charge sur les plages marseillaises. Un chiffre qui montre l'ampleur du phénomène, mais aussi l'utilité d'une réponse adaptée, discrète et immédiate.
Pour les médiateurs, l'enjeu est double : dissuader les harceleurs potentiels par leur simple présence, et offrir un filet de sécurité aux victimes. Car le harcèlement à la plage n'est pas une fatalité. Il se combat, comme à Marseille, avec des outils concrets et une présence humaine sur le terrain.


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