Publié le samedi 08 août 2026 dans la rubrique Normandie
Tuberculose bovine : "sauver 30 ou 40 veaux, ça n'a pas de sens !", l’expérimentation pour sauver des bêtes s'arrête net
À Athis-Val-de-Rouvre, dans l'Orne, l'expérimentation destinée à sauver 39 veaux issus de troupeaux touchés par la tuberculose bovine s'arrête brutalement. La préfecture a annoncé lundi 3 août l'interruption du dispositif, invoquant les exigences sanitaires. Les éleveurs, eux, parlent d'incompréhension totale.
Un protocole prometteur pour les jeunes animaux
Les veaux concernés n'ont jamais été testés positifs à la maladie. Ils sont nés dans des troupeaux où au moins un adulte avait été en contact avec la bactérie, mais leurs mères étaient saines et testées. La transmission par le placenta n'existant pas, ces jeunes bêtes n'avaient probablement jamais rencontré la maladie.
Le principe de l'expérimentation était simple : les accueillir dans une ferme séparée, les engraisser jusqu'à l'âge de deux ans, puis les valoriser pour la consommation humaine. Une alternative à l'euthanasie systématique pratiquée sur les adultes des troupeaux contaminés. L'idée avait germé pendant l'hiver, quand les abattages ont pris de l'ampleur. Benoît Duval, vice-président du comice agricole de Putanges-le-Lac, a participé au comité de réflexion avec la Chambre d'agriculture. La Direction générale de l'alimentation du ministère de l'Agriculture avait été informée du projet.
La ferme de Sylvine Legeay, lieu d'accueil choisi
Sylvine Legeay, agricultrice à Athis-Val-de-Rouvre, a proposé un bâtiment habituellement utilisé comme grange de stockage. Un espace sécurisé, isolé, qui ne devait plus servir pour du bétail après l'expérimentation. Elle y a accueilli les jeunes animaux rapidement après leur naissance, dans le but de les observer et de vérifier qu'ils restaient en bonne santé.
L'annonce de l'arrêt du protocole l'a laissée abattue. Elle pensait que tout était en règle, que tout le monde était d'accord. Désormais, elle devra assister à l'euthanasie des bêtes qu'elle avait accepté de protéger. Un agriculteur venu la soutenir, membre d'un collectif contre l'abattage systématique, résume le sentiment général : beaucoup de gens, même hors du milieu agricole, se demandent où l'on va.
Des risques sanitaires jugés trop importants
Yvan Burel, président du Groupement de défense sanitaire de l'Orne, assume la décision. Selon lui, l'administration nationale a réalisé, au fil de l'avancée du protocole, que le risque était considérable pour une toute petite économie. Impossible d'être certain qu'un animal ne s'échappera pas, que la faune sauvage ne pénétrera pas dans le bâtiment. La contamination des élevages voisins reste une menace trop sérieuse.
Il ajoute que demander toujours plus d'efforts aux éleveurs qui acceptent un abattage complet pour continuer à prendre des risques n'est pas raisonnable. Continuer à exposer des gens pour sauver dix veaux, ou même trente ou quarante, lui paraît sans objet.
Un coup dur pour les éleveurs et la recherche
Pour Benoît Duval, cette expérimentation représentait une avancée majeure. L'euthanasie généralisée laisse des traces profondes chez les éleveurs. Trouver une « poursuite de carrière » aux animaux, même malades, changeait la donne psychologique. Il évoque des générations de travail sur la génétique qui disparaissent, des carrières remises en cause.
Le volet scientifique était tout aussi important. Observer ces veaux aurait permis de mieux comprendre l'évolution de la maladie, sa viralité, et d'encadrer plus efficacement les crises futures. Pour lui, la gestion actuelle de la tuberculose bovine, avec l'abattage systématique, ne sert qu'à préserver les marchés d'exportation. La stratégie officielle vise en effet à éradiquer rapidement la maladie pour éviter la fermeture des frontières internationales aux viandes et produits laitiers français.
La préfecture, de son côté, assure que la valorisation des veaux reste un objectif. Des discussions avec les acteurs du secteur doivent avoir lieu prochainement pour trouver une solution compatible avec les règles sanitaires. Mais pour les agriculteurs de l'Orne, le mal est fait. Tout s'est effondré d'un revers de main, alors que le protocole semblait abouti. Encore une victoire qui s'éloigne, après tant d'autres obtenues par petits pas.


Laisser un commentaire
Votre commentaire sera vérifié avant sa publication.