Publié le mercredi 10 juin 2026 dans la rubrique Suisse
Décès de Jean Ziegler : l’intellectuel suisse engagé s’éteint à 92 ans
Jean Ziegler, figure emblématique de la gauche suisse, s'est éteint à l'âge de 92 ans. Résidant à Genève, cet intellectuel engagé a marqué les débats politiques et sociaux de son temps par ses prises de position audacieuses contre le capitalisme néolibéral.
Un parcours engagé
À 90 ans, Ziegler publie un nouvel ouvrage intitulé "Où est l'espoir?", interrogeant notre époque face aux crises mondiales. Ce livre se veut un appel à la résistance contre les guerres, les famines et les inégalités croissantes. Pour lui, la lutte contre un système basé sur le profit est une nécessité vitale, car ce dernier échappe à tout contrôle public ou étatique.
Des racines paradoxales
Ironie de son parcours, son grand-père a fondé l'Union Démocratique du Centre (UDC), un parti de droite en Suisse. Ziegler, quant à lui, s'est engagé résolument à gauche, cherchant à éveiller les consciences face aux injustices du monde. Sa rencontre avec Che Guevara à l'âge de 30 ans a profondément influencé sa vision du combat politique. Invité à suivre le révolutionnaire à Cuba, il reçoit de ce dernier un conseil décisif : "C'est ici, au cœur du système, que tu dois te battre".
Une voix controversée
En 1997, il publie "La Suisse, l'or et les morts", dénonçant le rôle des banques suisses durant la Seconde Guerre mondiale. Ses propos, souvent virulents, lui valent un mélange d'admiration et de critiques. Il n'hésite pas à qualifier les banquiers suisses de "receleurs d'Hitler", une affirmation qui suscite des débats animés dans son pays.
Un documentaire révélateur
En 2016, le cinéaste genevois Nicolas Wadimoff réalise un documentaire intitulé "Jean Ziegler, l'optimisme de la volonté". Ce film explore la complexité de sa personnalité. Wadimoff, ancien étudiant de Ziegler, le décrit comme un homme sincère, attachant, mais parfois aveugle à certaines réalités. Il le suit dans divers lieux, de Genève à Cuba, où Ziegler exprime des opinions controversées, y compris sur la liberté de la presse.
L'héritage d'une pensée
Tout au long de sa vie, Jean Ziegler a prôné une forme d'"intégration subversive", cherchant à utiliser sa position au sein du système pour le transformer. Il considère que chaque individu doit lutter là où il se trouve. Son analyse critique des injustices sociales et économiques continuera de résonner bien au-delà de sa disparition, laissant une empreinte indélébile dans le paysage intellectuel et politique suisse.

