Publié le vendredi 05 juin 2026 dans la rubrique Suisse
Scandale dans les cliniques dentaires B1 : pratiques douteuses révélées
Dans le Jura, des accusations graves secouent le groupe B1, qui exploite des cliniques dentaires dans les cantons du Jura, Berne, Fribourg et Vaud. Deux anciens employés ont mis le feu aux poudres en adressant des lettres de démission et un courrier au médecin cantonal jurassien. Ils y dénoncent avec virulence les pratiques de leur ex-direction.
Des consultations menées par un administrateur, pas par un dentiste
La RTS, alertée par ces courriers, a recueilli une douzaine de témoignages. Le constat est glaçant : des consultations auraient été effectuées par l'administrateur du groupe lui-même, et non par des médecins-dentistes. Une ancienne patiente raconte : "La personne elle-même s'est présentée comme administrateur et a voulu me faire des images de mes dents, des radios, sous prétexte qu'il y avait de nouvelles offres et des devis à faire pour le futur, alors que j'ai un suivi et que je suis à jour."
Personnel non qualifié et facturations abusives
Un ancien employé, qui témoigne sous couvert d'anonymat, ne mâche pas ses mots. Il dénonce l'emploi de personnel non qualifié pour gonfler le chiffre d'affaires. "Les assistantes dentaires, ils les mettent et les facturent comme hygiénistes." Pire encore : "J'ai aussi vu une femme de ménage travailler pendant des mois à la place d'une assistante dentaire!"
Les surfacturations seraient systématiques. L'ex-employé cite un exemple frappant : "Il y a plein de patients âgés qui ont des dents mobiles devant, on pourrait même les enlever avec des compresses. Et à la fin, je vois une facturation d'une dent de sagesse incluse. Donc au lieu que cela coûte 50 francs, ça a été facturé 400 francs."
Des instruments désinfectés, pas stérilisés
Pour augmenter les marges, le groupe aurait aussi réduit les charges au point de compromettre l'hygiène. Une ex-collaboratrice témoigne : "Il y avait des problèmes récurrents de stérilisation qui ont été signalés à plusieurs reprises, mais rien ne se faisait." Les instruments étaient simplement désinfectés, et non stérilisés comme l'exigent les normes. Elle insiste : "Pour moi, c'est quand même le point le plus important dans un cabinet dentaire."
Des soupçons déjà existants à Moutier
Les problèmes soulevés aujourd'hui ne sont pas totalement inédits. En 2021, le groupe B1 a racheté le cabinet de Moutier. Un an plus tard, la Ville lui a retiré le mandat des contrôles scolaires. La raison ? Une proportion anormalement élevée d'enfants nécessitant des soins. Pierre Sauvain, conseiller municipal, explique : "En septembre 2022, on s'est rendu compte que la plupart des enfants avaient des suivis dentaires à faire, on était vraiment à une proportion qui est énorme par rapport à ce qu'on voit d'habitude. On est grosso modo à 25-30% d'habitude et là, on était à près de 80% des enfants qui devaient suivre un traitement."
Enquête en cours, le patron clame son innocence
Tous ces manquements supposés ont poussé les autorités jurassiennes à ouvrir des investigations. Contacté, l'administrateur du groupe, Samuel Richoz, réfute en bloc les accusations. "Nous collaborerons pleinement et sereinement avec le Service de la santé publique", indique-t-il. Il ajoute : "Nous ne commenterons pas des hypothèses erronées." Mais il se dit prêt à s'expliquer "une fois que les autorités compétentes se seront prononcées". Une décision qui devrait tomber dans les mois à venir.

