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Publication le 18 juin 2026 · Mis à jour le mercredi 08 juillet 2026 dans la rubrique Nantes

Des familles sans logement occupent l'ancienne école des Beaux-Arts à Nantes pour demander un toit

Des familles sans logement occupent l'ancienne école des Beaux-Arts à Nantes, réclamant un toit face à une crise du logement toujours plus pressante.

Occupations, mises à l'abri, remises à la rue : le combat sans fin des familles sans logement à Nantes

Mercredi après-midi, une centaine de personnes ont investi l'ancienne école des Beaux-Arts de Nantes, l’atelier Dulcie September. Des familles entières, des enfants en bas âge, des femmes seules avec leurs bébés. Soutenues par l'association Droit au logement 44, elles réclamaient un toit. La ville a réagi en les dirigeant vers un autre bâtiment pour une mise à l'abri. Mais cette solution reste temporaire.

Estelle a fui la Côte d'Ivoire il y a six mois. Elle vit avec son fils de 5 ans. Leur quotidien ? La gare, l'aéroport, les halls d'immeubles. Chaque matin, elle nettoie son enfant avec un gant, l'habille, trouve de quoi le nourrir, l'envoie à l'école. "Le 115 nous prend quelques jours", explique-t-elle. Puis il faut rappeler, recomposer le numéro, supplier pour une place. "La situation est critique pour mon fils et moi", dit-elle. Le moral est bas. "Nous ne savons plus quoi faire."

Blessing vient du Nigeria. Avec son mari et leurs cinq enfants, ils changent de logement tous les trois jours. Des solutions d'urgence, précaires, épuisantes. Selon les collectifs qui les soutiennent, plusieurs milliers de personnes seraient sans logement à Nantes.

80 personnes dans une ancienne école, mais sans matelas ni cuisine

Dans la foulée de cette occupation, la mairie a ouvert un site d'hébergement d'urgence dans l'ancienne école Joséphine Baker, sur l'île de Nantes. Quatre-vingts personnes y ont été installées, et quinze ménages ont été dirigés vers des hôtels. Une réponse rapide, mais insuffisante.

Edi, 39 ans, fait partie des relogés. Après avoir vécu trois ans dans la rue, elle espère ne pas y retourner. Mais les conditions sur place sont spartiates. "Les douches viennent d'arriver mais on n'a toujours pas de matelas. On dort sur des lits de camp. Il n'y a pas de cuisine collective. C'est difficile surtout pour l'intimité de chacun."

L'association Droit au logement 44 ne cache pas son mécontentement. Ces solutions restent précaires et souvent mal adaptées, dénonce-t-elle. Une quarantaine d'enfants vivent dans ce centre d'urgence. La moitié a moins de trois ans. Pas de cuisine, peu d'intimité, des lits de camp. Le DAL44 attend des mesures fortes de l'État. Pas des pis-aller.

Des familles remises à la rue après la canicule : le DAL44 crie au scandale

L'histoire ne s'arrête pas là. Début juillet, le DAL44 a publié un communiqué cinglant. Une quinzaine de ménages hébergés temporairement par le 115 pendant la canicule de fin juin ont été remis à la rue. 119 personnes, dont 43 enfants. Ces familles avaient occupé les Ateliers Dulcie September le 17 juin pour exiger un hébergement pérenne.

À l'époque, la ville et la préfecture avaient collaboré. Une école modulaire avait été ouverte pour abriter 90 personnes jusqu'en septembre. Et quinze ménages avaient été pris en charge par le 115. Ce sont précisément ces derniers qui se retrouvent à la rue.

L'association dénonce des "pratiques profondément indignes" et contraires au droit. Elle s'appuie sur deux articles du Code de l'action sociale et des familles. L'un garantit l'accès à l'hébergement pour toute personne en détresse. L'autre interdit de renvoyer quelqu'un à la rue après l'avoir pris en charge. La préfecture, de son côté, assure que les évaluations sociales n'ont pas justifié la poursuite de leur prise en charge.

Un désaccord frontal. D'un côté, des associations qui voient des familles avec des nouveau-nés errer dans les rues de Nantes. De l'autre, une administration qui applique des critères. Les mots du DAL44 sont durs : "indignes", "contraires au droit". La situation, elle, reste concrète : des enfants dorment dehors.

Les collectifs ne baissent pas les bras. Ils continuent d'organiser des occupations, de médiatiser les situations, de mettre la pression sur les pouvoirs publics. L'occupation de l'atelier Dulcie September n'était pas un coup d'éclat isolé. C'est l'expression d'un désespoir collectif. Celui de centaines de familles qui, chaque soir, à Nantes, ne savent pas où poser leur tête.


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