Publié le samedi 13 juin 2026 dans la rubrique Nantes
Elles participent à la Pride 2026 : "c’est une safe place pour nous, c’est le meilleur jour de l’année"
Samedi, plusieurs milliers de personnes ont défilé dans les rues de Nantes, en Loire-Atlantique, pour la Pride 2026. Neuf chars ont animé le cortège. Le mot d'ordre de cette édition : "Résister c’est exister, exister c’est résister. Nos communautés fières et organisées contre le fascisme". Un message fort dans un contexte de hausse des violences envers la communauté LGBTQIA+.
Un couple et son bébé pour la première fois
Manon et Wendy participent à la Pride pour la première fois. La raison de leur présence tient dans un porte-bébé : leur petit garçon de six mois. "L'émotion est forte, et avec notre bébé, ça prend encore plus de sens", confie Manon. Sa compagne ajoute : "Nous voulons montrer que nous existons, et remercier toutes les luttes passées. La PMA, on en est fières." La procréation médicalement assistée est ouverte à toutes les femmes en France depuis septembre 2021.
Mais la joie se mêle à l'inquiétude. Il y a quelques années, le couple s'est demandé s'il faisait le bon choix : acheter en France, devenir maman en France. "Si l'extrême droite prend le pouvoir, on déménage ? Cette question, on se la pose souvent", explique Wendy.
Liam, 17 ans, entre safe place et coming up difficile
Liam n'a pas encore 18 ans. Elle fréquente la gay pride depuis plusieurs années. "Quand j'ai compris que j'aimais les filles, je l'ai accepté simplement. Je viens ici pour soutenir les autres. Ici, je me sens à ma place. Tout le monde est pareil, peu importe qui il est. C'est comme une safe place, le meilleur jour de l'année."
Pourtant, tout n'est pas simple. Liam n'a pas encore fait son coming out auprès de sa famille. Ses amis sont au courant. Sa mère et sa sœur pourraient comprendre. Mais son père est homophobe. "Je pense qu'il pourrait m'accepter, je suis son enfant. Mais j'ai des doutes, ce n'est pas facile."
Non-binaire, lesbienne, trans : des identités plurielles
Liam est venue avec deux amies, mineures, qui préfèrent garder l'anonymat. Alix se présente comme non-binaire. "Aujourd'hui, on voit qu'on n'est pas seules, parce qu'on l'oublie parfois. Ici, des gens osent être eux-mêmes, sans peur du jugement. Ils sont là pour dire qu'ils sont là."
Alex, elle, ne sait pas encore où se placer dans sa sexualité. "Je veux juste voir ce que ça fait d'être acceptée. Parfois, je tombe sur des gens homophobes, qui font des remarques désagréables." Elle arbore deux drapeaux sur ses joues : le non-binaire et le lesbien. "Je veux me sentir à ma place, pour une fois."
Ezra est transsexuel. Assigné fille à la naissance, il ne veut pas être mis dans une case. "Être trans, c'est ne pas se reconnaître dans le genre assigné à la naissance. Ce n'est pas forcément binaire." Salarié dans la petite enfance, il constate l'absence de jugement des enfants. "Certains utilisent le masculin, d'autres le féminin. Je ne les corrige pas. Quand ils m'entendent parler au masculin, ça ne les dérange pas." Ses collègues savent qu'il est trans. "Elles se trompent parfois de pronom, mais elles sont ouvertes. Le reste de la journée, je suis mégenré. C'est désagréable, mais je n'ai pas envie de me battre à chaque fois."
La peur de l’extrême droite
Axel est le compagnon d'Ezra. Il a quitté le Vaucluse pour Nantes il y a six mois. "Dans le sud, beaucoup de maires sont RN. Le climat n'est pas aussi sain qu'ici. Il est normal d'être là, de montrer notre solidarité."
Alex s'inquiète de la montée de l'extrême droite en France et en Europe. "Il faut montrer que la France, c'est ce rassemblement. Être tous ensemble, pas le rejet ou la haine de l'autre."
Des agressions en hausse, une vigilance de tous les instants
Emilien et Thomas partagent la même inquiétude. "À chaque élection, les agressions augmentent", avance Thomas. "Les législatives anticipées de 2024 ont provoqué un pic. Dans les moments politiques tendus, les violences se multiplient. Toutes les semaines, on apprend quelque chose. Nos amis racontent leur agression en rentrant de soirée." Son ami Emilien abonde : "Il est important de montrer qu'on est là, qu'on a les mêmes droits. Tout peut basculer d'un jour à l'autre."


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