Publication le 18 juin 2026 · Mis à jour le vendredi 10 juillet 2026 dans la rubrique Nantes
Logement d'urgence à Nantes : des familles relogées temporairement après une occupation
Logement d’urgence à Nantes : après l’occupation, des solutions provisoires et des familles renvoyées à la rue
Mercredi 17 juin, une centaine de personnes ont investi l’ancienne école des Beaux-Arts de Nantes, l’atelier Dulcie September. Soutenues par l’association Droit au logement (DAL 44), ces familles à la rue réclamaient un hébergement immédiat et durable. Elles dormaient dans la gare, à l’aéroport, dans des halls d’immeubles. Estelle, arrivée de Côte d’Ivoire avec son fils de 5 ans, appelle le 115 chaque jour sans savoir où elle passera la nuit. “Le moral est bas, on ne sait plus quoi faire”, confie-t-elle. Blessing, venue du Nigeria avec son mari et leurs cinq enfants, change de logement tous les trois jours quand elle en trouve un.
Face à l’urgence, la ville de Nantes a réagi. Quatre-vingts personnes ont été relogées dans l’ancienne école Joséphine Baker, sur l’île de Nantes. Quinze autres ménages ont été pris en charge par le 115 et hébergés dans des hôtels. Mais ces solutions restent précaires. Edi, 39 ans, fait partie des occupants relogés. Elle a vécu dans la rue pendant trois ans et redoute d’y retourner. Dans son nouveau lieu, les douches viennent tout juste d’arriver. Pas de matelas, seulement des lits de camp. Pas de cuisine collective non plus. “C’est difficile, surtout pour l’intimité de chacun”, explique-t-elle.
Des hébergements temporaires qui ne tiennent pas leurs promesses
Le 4 juillet, le DAL 44 a dénoncé une situation “contraire au droit”. Une quinzaine de ménages – 119 personnes, dont 43 enfants – qui avaient bénéficié d’un hébergement temporaire par le 115 lors de la canicule de fin juin ont été remis à la rue. L’association rappelle que l’article 345-2-2 du Code de l’action sociale et des familles garantit à toute personne en détresse un accès à l’hébergement. L’article 345-2-3 impose que cet hébergement soit maintenu, sans renvoi à la rue. La préfecture justifie cette décision en arguant que les évaluations sociales n’ont pas justifié la poursuite de la prise en charge. Pour le DAL 44, ces pratiques sont “profondément indignes”.
Ces familles faisaient partie des occupants de l’atelier Dulcie September. Le 17 juin, la ville et la préfecture avaient travaillé ensemble pour trouver des solutions, notamment l’ouverture d’une école modulaire pouvant accueillir 90 personnes jusqu’en septembre. Un répit temporaire, donc. Car aujourd’hui, une partie des ménages se retrouve de nouveau à la rue. L’association réclame des mesures fortes de l’État, pas simplement des solutions d’urgence au coup par coup.
Canicule et précarité : un mélange mortel sous-estimé
L’été aggrave la situation des personnes sans logement. À la Maison du Peuple à Nantes, des bénévoles comme Tim et Flash alertent sur les dangers de la chaleur. “On entend souvent qu’être à la rue l’été, ce n’est pas grave, que c’est même la meilleure période. C’est faux. C’est bien plus dangereux qu’en hiver”, explique Tim. Déshydratation, insolation, mauvaise conservation de la nourriture : les complications se multiplient au-dessus de 35°C. La question reste souvent invisibilisée, regrettent les bénévoles.
Christophe Jouin, élu municipal délégué à l’accueil inconditionnel et à la grande précarité, assure que la ville ne reste pas inactive. Une cellule de crise peut prendre des décisions rapides. Les maraudes sont renforcées, les équipes du CCAS mobilisées dès qu’un signalement arrive. Mais pour les associations, ces mesures ne suffisent pas. Le problème de fond demeure : des centaines de personnes, voire plusieurs milliers selon les collectifs, vivent sans toit à Nantes. Et les épisodes caniculaires, eux, risquent de se multiplier.
Entre les hébergements d’urgence bricolés, les remises à la rue brutales et les dangers silencieux de l’été, la crise du logement à Nantes ne faiblit pas. Les familles comme celles d’Estelle, de Blessing ou d’Edi attendent des solutions pérennes, pas des abris provisoires. Le DAL 44 le répète : le droit à l’hébergement est inscrit dans la loi. Son application, elle, reste à construire.


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