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Image à des fins esthétiques. ⚠️ Signaler la photo ou l'article comme inapproprié - © Crédit photo unsplash : ‪Salah Darwish.

Publication le 29 juin 2026 · Mis à jour le dimanche 05 juillet 2026 dans la rubrique Strasbourg

Fin de l'hébergement d'urgence pour des familles en attente de régularisation

Fin de l'hébergement d'urgence pour des familles en attente de régularisation : un éducateur témoigne des défis émotionnels et de l'incohérence du système.

« Je dois annoncer à des familles que leur hébergement va s’arrêter »

Bruno (prénom modifié) travaille comme éducateur pour l’association l’Étage. Il confie avoir pleuré toute la semaine dernière. « Je n’arrive pas à en parler sans chavirer un peu », lâche-t-il. Sa tâche est douloureuse : annoncer à des familles logées depuis six, sept ou huit ans que leur hébergement d’urgence prend fin. « Elles sont dépitées. Pendant toutes ces années, on a construit un lien. Elles prennent des cours de français, font du bénévolat, trouvent des promesses d’embauche. Pourquoi les accompagner si longtemps et refuser de les régulariser ? Cette incohérence me dépasse. »

Ces familles font partie des « ménages à droits incomplets » (MDI). Ce terme administratif désigne des personnes qui n’ont pas encore obtenu de titre de séjour. Elles viennent souvent d’Europe de l’Est, du Caucase, d’Afrique du Nord ou de l’Ouest. Elles disent fuir pour des raisons vitales – sécurité, santé. Mais la France considère leurs pays d’origine comme « sûrs », malgré des atteintes aux droits humains documentées. Sauf exception, leurs demandes de titre de séjour sont refusées. Résultat : elles ne peuvent ni travailler légalement ni accéder à un logement classique.

Vivre dans l’impasse, sans droit ni toit

Zainab, réfugiée d’Afghanistan, est venue avec sa famille place de la République, devant la préfecture du Bas-Rhin. Plusieurs centaines de personnes s’y étaient rassemblées pour demander le maintien des places d’hébergement. « On est venus pour savoir quoi faire pour trouver un logement », explique-t-elle, désemparée. « On n’a pas d’autre solution. » La situation est urgente : « C’est trop compliqué pour ma mère, elle est handicapée à 80 %. Mais quand on cherche une maison, on nous dit qu’il faut qu’on ait du travail. »

Ces familles sont coincées dans un cercle vicieux. Sans titre de séjour, pas de travail légal. Sans travail, pas de logement. Et sans logement, difficile d’obtenir un titre de séjour. Pour sortir de cette impasse, des associations financées par l’État leur fournissent un hébergement d’urgence depuis des années. Un dispositif créé en 2013 par la préfecture du Bas-Rhin. Théoriquement, l’État est obligé de proposer une mise à l’abri à toute personne qui la demande, quelle que soit sa situation administrative.

Mais la théorie s’éloigne de la pratique. Depuis 2024, l’État réduit progressivement ces places d’hébergement pour les MDI. Un document transmis à la mi-juin aux structures d’accueil – et consulté par Rue89 Strasbourg – précise le calendrier : la préfecture demande la fermeture de l’intégralité des places d’ici la fin de l’année 2026. Un arrêt total programmé sur deux ans.

Des alternatives refusées par les familles

Face à cette suppression annoncée, la préfecture prévoit des solutions de rechange. Une partie des familles pourrait être réorientée vers des dispositifs d’insertion. Une autre vers les centres de préparation au retour (CPAR). Mais cette dernière option est largement refusée par les personnes concernées. Rentrer dans des pays qu’elles ont fuis pour des raisons de sécurité ou de santé ? Beaucoup n’envisagent pas cette issue.

Devant la porte d’entrée de la préfecture, quinze syndicats et collectifs avaient appelé au rassemblement. Des représentants ont pris la parole pour dénoncer cette politique. Le message est clair : ces familles ne demandent pas l’aumône, elles demandent une cohérence. Pourquoi les accompagner pendant des années – cours de français, bénévolat, promesses d’embauche – si c’est pour les jeter dehors ? Pourquoi créer des liens, puis les briser ?

Dans ce dossier, les logiques s’entrechoquent. D’un côté, l’État invoque la sécurité juridique et la maîtrise des flux migratoires. De l’autre, des travailleurs sociaux et des familles témoignent d’une réalité humaine complexe. Des enfants scolarisés, des parents qui s’intègrent, des malades soignés. Des vies qui ne tiennent qu’à un toit.

Pour l’instant, le compte à rebours est lancé. 2026 semble loin, mais pour Bruno, pour Zainab, pour toutes ces familles, l’échéance est déjà là. « Je dois annoncer la fin de l’hébergement », répète le travailleur social. Il n’a pas de solution à proposer. Juste des mots. Et des larmes.


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