Publié le mardi 16 juin 2026 dans la rubrique Suisse
L'âge de la responsabilité pénale : enjeux et perspectives
À Annecy, en Haute-Savoie, une question traverse les débats judiciaires et éducatifs : à partir de quel âge un enfant est-il jugé pénalement responsable ? Le sujet reste brûlant, alors que la Suisse voisine applique des règles bien différentes des nôtres.
Des enfants jugés comme des adultes jusqu'en 1889
Avant la création du premier tribunal pour mineurs à Chicago en 1889, les jeunes subissaient le même sort que les adultes. Ils pouvaient être emprisonnés avec des criminels endurcis dès 7 ans. Une réalité choquante qui a poussé les législateurs à agir. L'idée d'une justice spécifique pour les mineurs a traversé l'Atlantique, gagnant la Grande-Bretagne puis l'Europe continentale.
En Suisse, Saint-Gall a montré la voie. Genève a suivi en 1914, instaurant un tribunal dédié aux adolescents. Ces pionniers ont posé les bases d'un système qui distingue désormais clairement l'enfant de l'adulte devant la loi.
Pourquoi les enfants ne peuvent pas être jugés comme des adultes
Géraldine Bugnon, professeure à l'Université de Fribourg et spécialiste de la justice des mineurs, apporte un éclairage précieux. Les médecins, les psychologues et les psychiatres ont soutenu l'idée qu'un enfant est un être en développement. Il a des besoins spécifiques. Il est aussi plus malléable qu'un adulte.
« Donc il y a cette idée qu'on pourrait éduquer les enfants qui ont commis des délits pour les conduire peut-être plus rapidement qu'un adulte vers une forme d'intégration sociale, de respect des normes sociales », explique la chercheuse. La logique pénale cède le pas à une logique éducative. Le but n'est pas seulement de punir, mais de remettre le jeune dans le droit chemin.
En Suisse, la responsabilité pénale démarre à 10 ans
La Suisse fixe le seuil de la responsabilité pénale à 10 ans. C'est un âge bas comparé à d'autres pays européens. La majorité pénale, elle, est atteinte à 18 ans. À cet âge, un individu est jugé comme un adulte, sans distinction.
Dès 10 ans, un mineur peut être condamné à des travaux d'intérêt général. À partir de 15 ans, les sanctions se durcissent : amendes ou peines de détention deviennent possibles. La durée maximale d'emprisonnement varie selon l'âge du jeune délinquant. Entre 15 et 16 ans, la peine ne peut excéder un an. Entre 16 et 18 ans, elle peut aller jusqu'à quatre ans.
La prison, un outil de contrôle plus que de réhabilitation
Géraldine Bugnon porte un regard critique sur l'enfermement des mineurs. « La prison est plus là pour donner l'impression du contrôle que pour punir ou réhabiliter les personnes condamnées », affirme-t-elle. Une mise en garde qui interroge l'efficacité réelle de la détention pour les jeunes.
La chercheuse insiste sur un point crucial : la sortie de la délinquance dépend de ressources extérieures au système pénal. L'accès à l'emploi, aux diplômes et à des liens sociaux positifs joue un rôle déterminant. Sans ces éléments, la prison ne fait souvent que repousser le problème.
Quelles alternatives à la prison pour les jeunes délinquants ?
La question des alternatives se pose avec acuité. Les travaux d'intérêt général existent dès 10 ans en Suisse, mais les moyens alloués à ces mesures restent limités. Les structures éducatives, les programmes de réinsertion et les suivis psychologiques demandent des investissements conséquents.
A-t-on les moyens de bien faire ? Les budgets consacrés à la justice des mineurs ne sont pas extensibles. Pourtant, chaque jeune délinquant réinséré dans la société évite des coûts humains et financiers bien plus lourds à long terme. Le débat reste ouvert, entre nécessité de sanction et impératif d'éducation.

